Je me souviens de ces Noëls d'enfant où il y avait de l'excitation dans l'air, une certaine frénésie parentale à surmonter le marathon des derniers préparatifs, un certain soin familial à respecter la traditionnelle chronologie du réveillon (veillée, messe de minuit, repas, cadeaux...).
Il y avait les Noëls avec la grande famille réunie : mes quatre frères (François, Jean, Pierre et Vincent), leurs conjointes respectives, nos parents et leurs petits enfants (Marine, Paul et Pierre, Julien et Guillaume, Avril et Merlin). Avec le temps, ces Noëls sont devenus rares... Il y a eu aussi les Noëls plus solitaires où je me sentais toute petite, toute fragile bien qu'entourée de mes deux parents. Encore enfant, sans enfants... Dans un cas comme dans l'autre, la période de Noël était pour moi toujours mêlée de sentiments contradictoires : bonheur et solitude, tristesse et nostalgie, désirs et frustrations, plein et vide à la fois...
Le mois de décembre semblait marqué incontournablement par un long cheminement des émotions qui me menait à la prochaine année en oscillant entre une tendance légèrement dépressive et une autre un peu plus réjouissante, selon les jours, selon les évènements, les rencontres...
Depuis quatre ans, la présence d'Éric m'a rendu la période plus douce.
IL FAUT être heureux à Noël ! Heureux et EN FAMILLE ! Cette obligation de bonheur familial relève très haut la barre de nos attentes et sème la confusion dans nos états d'âmes. Quand bien même on voudrait être heureux en famille, il y a toujours dans cette période une petite touche de déception ou de tristesse qui nous fait sentir qu'on ne l'est pas tout à fait...
Privés de ma famille réunie de l'autre côté de l'Océan, nous avons tenté les premières années quelques rapprochements plus ou moins glorieux avec la famille d'Éric les soirs de réveillon. Nous en sommes ressortis chaque fois avec un sentiment chronique de frustration et un questionnement profond sur le sens de tout cela tant nous nous sentons loin d'elle, de ses préoccupations, de ses choix... Échanges de cadeaux ou assurance d'un service minimal des relations fraternelles : à quoi bon si le coeur n'y est pas ? Au bout de trois ans, nous nous sommes finalement résolus à fêter Noël en amoureux.
Cela étant, nous n'échappons pas au traditionnel et incontournable repas familial du 25. Le respect des "services essentiels"...
Quand bien même vous étiez entourés de votre famille, aussi unie soit-elle, souvenez-vous... Bien que très occupés à préparer la fête, décorer le sapin, courir les cadeaux pour rivaliser avec la surenchère annuelle dictée par la loi du plus gros cadeau comme témoignage du plus gros amour, faire les courses en poussant votre caddie dans la cohue des supermarchés embouteillés, nourrir toutes ces bouches affamées (deux repas par jour, ça revient vite...), faire un peu de ménage entre deux repas, les comptes (le plus tard possible), assister avec impuissance à l'omniprésence (omnipuissance ?) des ordinateurs comme centres d'attraction réduisant toute communication à son minimum acceptable, manger, digérer, manger, digérer... et, veillant le soir jusqu'à pas d'heure, épuisés, se reposer, un jour, peut-être..., n'avez-vous jamais eu cet étrange sentiment teinté d'amertume, en ressortant du temps des fêtes, d'être passés un peu à côté de l'essentiel ?...
Mais, au fond, C'EST QUOI, L'ESSENTIEL ?
Voilà sans doute la question la plus difficile de la saison et dont la réponse est certainement très personnelle et différente pour chacun d'entre nous.
La question se repose inlassablement, chaque année. Chaque année, une réponse différente.
En quête de sens, à défaut de famille pour nous entourer (la mienne est bien présente à mon coeur mais si loin sur la carte...), il se pourrait bien que ce soit cette année auprès de nos amis que nous finirons par le trouver, ce sens qui nous fera aimer Noël, qui nous fera aimer le mois de décembre AU COMPLET !
Jamais nous n'aurons tant fêté, jamais nous n'aurons tant veillé que durant ce mois où se succèdent concerts, soupers, veillées, partys avec toujours autant de bonne humeur et de joie d'être ensemble, de plaisir à partager petits plats et musiques de tous genres, avec simplicité et générosité. Grâce à ces amis, il me semble que c'est Noël tous les jours.
Malgré le temps, malgré la distance, je continue de penser très fort à ceux restés de l'autre côté de l'Océan...
À tous, à chacun, je souhaite un joyeux...
JOYEUX NOËL !!!
les peintures sont de Sarah Murphy
































