lundi 7 février 2011
dimanche 12 septembre 2010
mardi 19 février 2008
Depuis que je suis tombée dans la musique traditionnelle québécoise, je redécouvre avec bonheur l'aspect ludique et rassembleur de la musique à danser pratiquée avec simplicité, spontanéité et passion.
Depuis plus d'un an, réitérant nos folles veillées avec un enthousiasme grandissant, nous continuons de faire de belles rencontres. Parmi celles-là, il y en a une particulière, unique, avec un être particulier, hors norme, qui, quoi qu'absent, hante nos jams avec insistance, pour avoir marqué au fer rouge le souvenir de ceux qui l'ont connu. Je veux parler de Jean Carignan, surnommé "Ti-Jean". Certainement un des plus grands violoneux que le Québec a connu, surdoué, acharné, adulé pour sa virtuosité, sa passion obsessive, son exigence intransigeante, son caractère bien tranché, son excellence débrouillarde. Au fond, il semble avoir réussi en autodidacte ce que personne en musique traditionnelle n'a tenté ni avant ni après lui avec autant de fougue, d'énergie, de virtuosité, maîtrisant son violon dans les pires acrobaties comme un dieu - ou comme un démon - sans avoir jamais su lire une note de musique !
Nous n'aurons pas eu la chance de le connaître, et pourtant, c'est comme s'il était là. Quelque part. Les témoignages recueillis et la présence toute proche de sa soeur, Hélène, et de sa nièce, Claudette, qui restent imprégnées du souvenir indélébile de leur frère, de leur oncle, nous rendent sa présence quasi palpable.
Il a disparu il y a aujourd'hui tout juste vingt ans : le 19 février 1988.
Pour lui rendre hommage et le remercier d'en bas de planer de façon aussi stimulante au-dessus de nous, voici un vieux document de l'année 1975, Petit concerto pour Carignan et orchestre d'André Gagnon (autre personnalité du petit monde musical québécois que vous verrez ici gesticuler et sautiller sur place avec allégresse).
lundi 4 février 2008
Lundi matin.
Pour bien commencer la semaine, je décide ce matin de profiter d'un soleil éclatant pour aller à pieds faire quelques courses au centre d'achat de la ville voisine. Aller à la banque encaisser les premiers versements de mes élèves en ce début de mois est une bonne motivation et le prétexte à une bonne heure de marche-santé au grand air vivifiant d'une belle journée d'hiver ensoleillée.
À quelques dizaines de mètres de la maison, marchant sur les pas de Madame T., je me trouve bientôt à son niveau. Madame T. me reconnaît. Madame T. est une voisine avec laquelle je n'ai eu que très peu de contacts depuis notre arrivée dans le quartier, il y a deux ans. À l'époque, elle avait profité d'un passage en voiture devant chez nous pour ralentir son char, baisser la vitre de son auto, se présenter et me souhaiter la bienvenue. Depuis, plus aucun échange. Il faut dire que les occasions de se parler entre voisins sont assez rares. Il n'y a guerre que lorsque nous passons la tondeuse sur le bord de la rue ou que nous pelletons la neige au bout de la cour que nous risquerions de croiser un voisin, si tant est qu'il eût la bonne idée de faire la même chose au même moment. Mais depuis que nous faisons appel à une entreprise de déneigement, ces occasions n'existent plus. Et Madame T. n'habite pas suffisamment en face de chez nous pour que la rencontre soit réellement spontanée.
Surprises de cette rencontre inattendue, nous avons entrepris de poursuivre guillerettes notre chemin ensemble jusqu'au centre d'achat. Et nous voilà parties dans de grandes discussions, nous racontant nos vies respectives dans une soudaine intimité qui a sans doute à voir avec la complicité évidente d'une expérience commune, celle de l'immigration : Madame T. vient de France. De Bordeaux, plus précisément. Immigrée il y a trente-cinq ans avec son mari et trois jeunes enfants. Ils avaient prévu de rester cinq ans au Québec. Ils y sont restés toute leur vie. Elle y a élevé ses trois enfants mais aussi une multitude d'animaux, chèvres, moutons, poules et lapins... jusqu'à ce qu'on lui vole ses animaux ou, pire, qu'on les tue et qu'on construise des condos sur le pré voisin...
Arrivées à destination, nous nous sommes séparées momentanément, le temps de faire nos petites emplettes chacune de notre côté. Rendez-vous était donné au "point-rencontre" pour continuer nos échanges sur le chemin du retour.
Aujourd'hui veuve, elle n'a plus ni mari ni animaux et semble s'accommoder de sa situation. Après 35 années de vie québécoise, elle dit avoir fait son ultime voyage en France l'an passé. Finis les grands voyages. Elle profite ici des hivers québécois, aime le froid et se tient en forme. Dynamique, pleine d'humour, sportive, positive, en forme, un brin fantaisiste, c'est une personne vraiment attachante.
Arrivées devant chez elle, nous nous sommes séparées comme deux vieilles amies, nous promettant de nous retrouver pour de prochaines marches, de prochaines courses. Il ne tient qu'à nous de provoquer les occasions... Madame T. a maintenant un prénom.
Ma rencontre avec Madame T. aura marqué ma journée d'une touche particulière, un rayon de soleil dans un ciel déjà éblouissant de clarté, une belle surprise de la vie à mettre dans la boîte à suprises.
Madame T. est l'une de nos bonnes voisines mais nous avons d'autres bons voisins. Stéphane avec sa compagne, et Merlin, son gros chien noir. Jean-Paul avec sa femme Johanne, Aznavour, leur bon gros Saint-Bernard et Napoléon, leur gros chat au long poil. Ces présences bienveillantes sont un peu de baume dans notre rue. Rassurantes, elles estompent un peu la tache d'un voisin moins désirable (cf. Normand, le raseur de haie).
Heureuse de ces surprises que nous réserve le voisinage, curieuse de recueillir le récit de ces vies particulières, il me prend subitement l'envie de mieux connaître ces voisins, d'en rencontrer d'autres, plus éloignés, d'organiser peut-être une "journée des voisins" dans notre rue pour provoquer la rencontre de ces inconnus si loin et si proches à la fois.
La prochaine "journée des voisins" officielle aura lieu au Québec le 7 juin 2008. Une idée, comme ça, à mûrir...





