En 1608, Samuel de Champlain quitte Honfleur pour venir fonder Québec. "Champlain", et non "Chaplin" comme l'a surnommé "son excellence" Môssieur François Fillion, premier ministre français en visite officielle lors de son allocution télédiffusée. La honte ! Quelle inculture, ces Français...
Quatre siècles plus tard, Québec fête les 400 ans de sa fondation.
Pour ne pas rester en marge de cette grande célébration, nous sommes allés faire un tour à Québec, pour voir...
Il faut dire que j'aime particulièrement "faire mon tour" à Québec chaque fois que j'en ai l'occasion, que ce soit pour une escale sur la route du Saguenay ou simplement pour un aller-retour dans la journée avec le prétexte d'une visite au Musée des beaux arts où se succèdent de magnifiques expositions d'origines tantôt québécoise tantôt internationales.
Cette fois-ci, nous avons pris un peu notre temps : deux belles grosses journées de flânerie, de soleil, de lèche-vitrine (quand je serai riche, je viendrai m'habiller à Québec), de visites programmées et d'escales imprévues. Nous avons marché, marché et mouliné, mouliné sur nos bicycles à pédales, sillonnant la ville au hasard à la recherche des traces du "400e". L'esprit de fête était bien présent quoi que diffus à travers la ville : ici une animation de rue, musiciens ou danseurs se partageaient l'animation des points stratégiques et touristiques ; là une exposition éphémère de jardins improbables: aussi, un voilier du XIXe accosté le jour-même offre sa visite aux badots; ailleurs quelques vestiges d'anciens murs des châteaux forts mis à nus; à côté une vidéo sans doute passionnante sur ledit Champlain que nous ne verrons pas car...
"Il est 6h30, on ferme !". Qu'à cela ne tienne, nous irons nous consoler avec une crème glacée sur la terrasse Dufferin au pied du gros château.
Partout, suspendues aux balcons, placardées sur les vitrines des magasins, accrochées aux lampadaires, des bannières colorées invitent à la fête.

Après une journée de marche, les pattes fatiguées, nous sommes retournés dans notre chambre de motel à deux sous (le moins cher de Québec !) pour une pause récupératrice. Nous en sommes ressortis quelques dizaines de minutes plus tard pour nous dégourdir les jambes, à cheval sur nos vélos, et rejoindre la Rue des Remparts de laquelle nous allions pouvoir assister à la très annoncée projection du Moulin à images de Robert Lepage sur les silos à grains du port de Québec.
Moment inoubliable, fantastique, magique, impressionnant, magistral, grandiose, fascinant, éblouissant... J'y reviendrai dans un prochain article. Des images plein les yeux, nous sommes rentrés sagement nous reposer de cette première grosse journée d'anniversaire.
Le lendemain, après une matinée (incontournable) de magasinage (nous avons nos repaires...) et la visite en après-midi de l'exposition Le Louvre à Québec au Musée des beaux arts (définitivement, le vrai Louvre se trouve à Paris...), nous avons enfourché une nouvelle fois nos chevaux à deux roues et sommes partis explorer le long du fleuve la promenade Samuel de Champlain tout récemment inaugurée.
Belle grosse piste pour les vélos et les patins à roue alignées mais moins bucolique que je l'avais imaginée, la plupart du temps coincée entre la voie rapide du Boulevard Champlain et les installations portuaires aux allures de friche industrielle. Sans doute n'avons-nous pas poussé assez loin notre exploration pour en apprécier les meilleures perspectives... Mais peu importe, ça valait la peine d'y faire notre tour.
Au retour, petite pause pique-nique sur l'herbe fraîche puis flânerie vélocipédique sur les promenades du vieux port.
Par hasard, nous nous sommes trouvés devant l'Agora au moment-même où la première des quatre soirées programmées de projection en plein air du documentaire Infiniment Québec allait commencer. Petits mots d'introduction des organisateurs, des commanditaires, de représentants de l'O.N.F. (Office National du Film) et du réalisateur Jean-Claude Labrecque. Happés par la curiosité, nous nous sommes assis sur un talus d'herbes hautes, et, un peu en retrait pour surveiller nos montures, avons assisté religieusement à la projection.

"Jean-Claude Labrecque prête son regard, ainsi que sa mémoire d'enfant et d'homme mûr, à la ville de Québec qui célèbre, en 2008, le 400e anniversaire de sa fondation par Samuel de Champlain. Surgissent, dans
Infiniment Québec
, d'éclatantes images constituées d'aquarelles, de cartes, de gravures, de tableaux et de photos que le cinéaste a réunis pour reconstituer l'histoire et le présent de sa ville natale. Québec vibre donc ici sous le vent d'hiver comme sous la chaleur de l'été. On voit naître la ville qui, après avoir résisté aux guerres, s'épanouit et grandit, toujours caractérisée par son cap Diamant, ses côtes et ses escaliers; ses hivers venteux et froids; ses institutions et ses monuments chargés de symboles. Le cinéaste présente le tout avec une poésie où perce la tendresse infinie qu'il réserve à Québec, phare du Canada français et de l'Amérique française."
texte de présentation de l'O.N.F.La musique suave de Jorane accompagne le film avec une grande douceur et lui confère une étrange atmosphère d'irréel, onirique, nostalgique. La bande sonore du documentaire, remarquable par ailleurs, fait entendre à plusieurs reprises le même extrait ascendant du Concerto de Québec d'André Mathieu, interprété au piano par Alain Lefèvre, comme un élan de passion pour la ville du même nom.
Nous sommes sortis tout émus de cette projection avec la conscience d'avoir assisté à la première d'un documentaire hors du commun, touchant, d'une émotion toute pudique et retenue, montage amoureux et nostalgique d'images jamais montrées de cette belle ville de Québec dont les habitants sont si fiers.
Cette escale impromptue eut pu suffire à faire de notre soirée une soirée inoubliable, mais aussitôt le générique achevé commença à quelques dizaines de mètre la projection quotidienne et monumentale du Moulin à images. Nous allions pouvoir revoir ce monstre d'innovation d'un autre point de vue, cette fois-ci au pied des silos.
Le troisième jour fut le jour officiel de la fête de Québec : le 3 juillet. Petit déjeuner offert, messe, célébrations et discours en hommage à Champlain se sont succédé toute la matinée, sous la pluie. Découragés par la foule et le mauvais temps mais somme toute emplis de toutes les belles choses que nous avions vues les deux jours précédents nous avons renoncé à voir le grand spectacle commémoratif en après-midi puis les feux d'artifices le soir et avons repris tranquillement la route vers la maison, des images plein le moulin.
Ainsi, à notre manière nous avons fêté les 400 ans de Québec et remercions la ville de Québec d'avoir su nous ouvrir gracieusement et généreusement les portes de son histoire et de nous avoir donné la possibilité d'ajouter une "pierre de souvenirs" à la nôtre.