mercredi 31 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 09:47:00 | 1 comment

Halloween ! (fin)


Enfin, dans cette impitoyable journée d'horreur, nostalgie du temps où l'on pouvait se lâcher un peu sur nos bons vieux répondeurs téléphoniques.
(montez le son, la communication avec l'au-delà est faible)

Entrez dans la quatrième dimension*

Ne raccrochez pas tout de suite, le meilleur est à venir.
Attention : âmes sensibles, s'abstenir.

Torture en direct*

Méfiez-vous des petits êtres apparemment inoffensifs !

Bonne journée !

* messages de répondeur enregistrés dans les années 80 (nostalgie...), en complicité avec Vincent, le "p'tit refreu d'rima" (comprenez : "le petit frère de Marie"), dans le secret de ma chambre de grande soeur.
Posted by Marie Posted on 09:19:00 | No comments

Halloween ! (suite)


Bon, assez rigolé !
Apocalyptica, c'était une mise en bouche pour cette journée d'Halloween. De la gnognotte !
Écoutons maintenant les "vraies affaères".

D'abord, pour vous mettre dans l'ambiance...

2007-10-31 08h 16mn 53s *

À suivre...

* Ambiance sonore : The Phantom Gondolier, extrait de Makrokosmos I de George Crumb
Margaret Leng Tan, piano

mardi 30 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 19:43:00 | 2 comments

Halloween !


Une petite surprise pour Halloween


Apocalyptica - Quutamo (live)

Ça, c'est pour mon côté un peu trash.
Ça me prend de temps en temps.
Rassurez-vous, ça ne dure jamais longtemps.


Enfin, en général.

Et puis, je me soigne.

lundi 29 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 23:17:00 | No comments

petits matins difficiles

Depuis que nous avons mis nos chats au régime
(rien de drastique, rassurez-vous),
voilà à quoi ressemblent nos petits matins.

merci Lucie !

dimanche 28 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 12:11:00 | No comments

dernière récolte


28 octobre 2007.
Je crois bien que c'est aujourd'hui la dernière récolte du potager. La météo annonce les premiers gels pour les jours à venir. L'air est vif et la lumière s'incline.

Dans mon panier, quelques tomates rouges, des encore vertes, des petites jaunes (je vous les conseille), quelques poivrons rouges et verts et, surtout, les premières framboises du jardin, un peu tardives certes mais toutes nouvelles de cette année, des rouges et des jaunes très sucrées (merci Nathalie et Denis !). Cela présage de l'abondance des années à venir.

samedi 27 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 20:30:00 | 2 comments

ce que la petite voix a dit




Tout a commencé (en apparence seulement) au mois de décembre 2006. Scrutant la saison à venir sans avoir de projet musical en vue, un peu découragée de ne pas recevoir de sollicitations extérieures, j'avais hâte de voir enfin germer les nombreuses graines que j'avais semées depuis que je suis ici, au Québec. Il faut dire que je me réveillais d'un long sommeil pianistique imposé par la première tranche de rénovations de la maison récemment acquise avec une petite blessure à la main inquiétante pour une pianiste qui freinait aussi un peu mon ardeur à la tache.

Je rêvais de pouvoir me glisser dans un projet d'envergure, au milieu d'autres musiciens aussi allumés que moi, et pourquoi pas avec des comédiens et danseurs créatifs et passionnés. C'est un monde que je connais bien. J'ai bien tenté quelques incursions comme accompagnatrice, auprès des institutions existantes. Les places sont chères et bien gardées. J'ai espéré trouver aux alentours quelque collaboration professionnelle enrichissante et stimulante mais point de collaboration en vue, pas qui me donne l'impression d'un véritable échange, en tout cas. Il est difficile de trouver la place idéale quand on est nouvelle sur le territoire.

Devant ce vide grandissant et cette immense solitude du pianiste de fond devenu trop exigent (voire intransigeant) dans un hiver menaçant, je commençais doucement à déprimer.

Il me fallait un projet.

Pas un petit projet ponctuel et médiocre pour combler une petite insatisfaction passagère. Non! Un VRAI projet qui occupe toutes mes années à venir, un défi de taille à relever qui m'offrirait de nouvelles possibilités de rentrer en contact avec le monde alentours en acceptant un statut différent peut-être, un statut d'amateur - aussi éclairé puisse-t-il être - plus tolérant avec soi comme avec les autres, avec comme principale préoccupation celui de progresser, encore et toujours.

Je recueille chaque semaine les confidences de mes élèves. Parmi les adultes, presque toutes m'ont avoué dès le premier cours avoir toujours rêvé faire du piano. Et moi de les encourager à réaliser leur rêve, de les convaincre que c'est possible, de les accompagner sur leur chemin de débutante, à leur tenir la main pour qu'elles réalisent leurs premiers pas, premiers pas sur le clavier et premiers pas dans le monde gigantesque de la musique !

Combien de fois leur ai-je dit mon admiration pour ce qu'elles ont entrepris en choisissant de réaliser leur rêve !... Quelque part, je les enviais d'avoir cette volonté, cette ténacité.

Un jour de décembre, tendant l'oreille vers ma petite voix intérieure, sous la douche (c'est toujours là que les communications passent le mieux) j'entendis un "j'aurais rêvé...".

"T'aurais rêvé quoi ?
- J'aurais rêvé faire du violoncelle.
- Ben quoi? Tu n'en rêves plus?
- Ben euh... si.
- Alors arrête de rêver et fais le.
- Ben euh... c'est à dire que...
- Allez, exécution !"

Eh oui. Pourquoi pas ? Pas d'excuse valable pour ne pas faire ce dont je rêve. J'ai du temps. Pas d'enfant. Pas de contraintes. Ne me suis-je pas dit des dizaines de fois : "Si je n'avais pas fait du piano, j'aurais fait du violoncelle." ? Chaque fois que je les croisais, je regardais les violoncellistes avec envie. J'aurais tant aimé...
Et pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? Parce qu'en France je ressentais la pression du contexte comme une obligation d'hyper-spécialisation. Je n'aurais jamais osé me pervertir à jouer d'un autre instrument que celui pour lequel j'avais été formée depuis l'enfance, celui auquel mon image était définitivement rattachée et dont l'expérience me garantissait une certaine crédibilité sur le marché du travail. Et puis, pourquoi pratiquer deux instruments alors que je ne me sentais déjà pas à la hauteur avec un seul ? À quoi bon exprimer un rêve si ce n'est que pour en afficher le regret ?

Le paysage québécois est en cela bien différent. Il n'est pas rare ici de voir les gens supporter professionnellement deux ou trois casquettes différentes. Leur compétence dans chaque discipline n'en est pas moins bonne pour autant et leur expérience est d'autant plus riche que leurs activités sont différentes. Ceci est admis. Sans jugement. C'est normal. Jouer d'un deuxième instrument, a fortiori "juste pour le plaisir", dans ce contexte où la polyvalence est une qualité, n'est que très banal, après tout.

Alors, pourquoi pas moi ? J'ai des années devant moi. C'est maintenant que se préparent mes vieux jours : je ne veux pas mourir avec le regret de n'avoir pas réalisé un vieux rêve enfoui. J'ai pris mon auto et suis allée louer un violoncelle chez un luthier de campagne, en contre plaqué (le violoncelle, pas le luthier). Mon amie Suzanne, violoncelliste ET violoniste, m'avait bien proposé de me prêter le sien de bien meilleure qualité (elle en avait deux), mais je le trouvais beaucoup trop beau pour moi. Lorsque je suis allée la visiter pour une petite séance de conseils elle a eu tellement pitié de moi avec mon violoncelle de bazar (c'est vrai qu'il faisait dur) qu'elle m'a presque obligée à repartir avec son beau violoncelle sous le bras (merci, Suzanne !).

Depuis, j'ai travaillé avec comme une acharnée, deux ou trois heures par jour, tellement avide de progresser, impatiente d'apprendre à maîtriser la bête, déterminée, constante et disciplinée, tenace et entêtée, encouragée par Suzanne d'une part et supervisée par Nathalie, mon professeur par intermittence d'autre part (merci, Nathalie). Finalement, Nathalie semble trouver que je m'auto-enseigne très bien toute seule...

Au bout de neuf mois (tout une gestation !), après quelques hésitations et une visite chez le luthier (celui de la ville cette fois-ci), j'ai adopté le violoncelle de Suzanne (Waldo) et nous formons depuis une bonne équipe.

J'ai fait en octobre mon entrée dans l'orchestre d'une école de violon tout près de la maison. C'était mon premier objectif. Je suis très fière d'avoir relevé ce premier défi.
Je continue de pratiquer, chaque jour, et chaque jour je fais un petit pas. La plupart du temps, je ne parviens à m'en détacher que par épuisement. La corne me vient au bout des doigts. La route est longue mais le paysage est magnifique.

Dans dix ans, je serai bonne.

mardi 23 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 22:50:00 | No comments

variations automnales (encore)


L'automne à Mont-Saint-Hilaire

dimanche 21 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 20:28:00 | No comments

le salon de musique


Dans le chapitre "rénovations", vous allez tout savoir sur les transformations qui ont donné naissance au SALON DE MUSIQUE !

En visitant la maison la première fois, nous avions tout d'abord étés séduits par la hauteur sous plafond dans toutes les pièces du 1er niveau (jusqu'à 12 pieds de haut = 4 m). Mais plus encore, j'étais folle en découvrant les deux chambres du bas (rez-de-jardin).
Pourquoi donc ? Parce que, obéisssant à un certain instinct mullerien qui consiste à vouloir abattre les cloisons chaque fois que cela est possible, j'ai immédiatement imaginé (et ce sous le regard ahuri de l'agente immobilière) abattre celles qui séparaient les deux chambres pour en faire une pièce plus grande, mon "espace à moi", mon futur domaine : mon salon de musique !

En plus d'offrir un espace tout à fait satisfaisant pour les cours de musique, cette pièce offre le grand avantage d'être un peu à l'écart de l'espace "quotidien" de la maison avec un accès possible par une entrée indépendante à l'arrière de la maison, en passant par le jardin.

Je passe les détails sur l'état pitoyable dans lequel nous avions trouvé ces deux pièces qui semblaient inutilisées depuis des années, sales et poussièreuses, les murs délabrés, encombrées par toutes sortes de bébelles oubliées par l'ancienne propriétaire. Pour faire une histoire courte, disons qu'il fallait beaucoup d'imagination pour voir ce que ces deux pièces deviendraient plus tard.

Après deux mois de travaux acharnés,
arrachage de la moquette,
nettoyage du plancher,
abattage des murs,
arrachage des plinthes,

décollage de la tapisserie,
révision de l'installation électrique,
installation de plinthes chauffantes,
de thermostats d'ambiance,
remontage des murs,
installation des portes vitrées, plâtrage des murs, ponçage,
peinture des murs et des portes,
(une couche d'apprêt, trois couches de peinture)

peinture des plinthes et moulures,
des contours de portes et de fenêtres,
pose du plancher de bois massif,
pose des plinthes,
retouches de peinture,
pose des poignées de porte,
pose des plaques électriques...
nous déclarons solennellement le vendredi 3 février 2006

la salle de musique ACHEVÉE.
OUF !



Voici donc le résultat :

la "salle de piano" où se donnent les cours d'une part
et le petit salon où attendent les élèves et leurs parents d'autre part.
Les deux pièces communiquent mais sont séparées par des portes vitrées (dites "françaèses").











C'est donc là que viennent me rejoindre chaque semaine mes petits élèves. Ils ont trouvé leur repère et adorent venir un peu plus tôt que leur heure de cours pour avoir le temps de fouiner dans la bibliothèque pour enfant du petit salon qui regorge de petits trésors de littérature enfantine et de se blottir dans le gros fauteuil bien douillet qui leur tend les bras.

C'était notre plus gros chantier, mais sans doute celui dont nous étions le plus fiers.

Mais vous n'avez pas tout vu !...

samedi 20 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 23:19:00 | No comments

Ne dites pas à ma mère...

... que je joue dans les jams, elle me croit chef de chant à l’opéra.
ou La musique traditionnelle a bien meilleur goût.

Marie Muller
article publié dans la Muse affiliée, magazine de pédagogie musicale

Traduction de jam : confiture, embouteillage
(traffic jam), blocage, bourrage (paper jam)
to be in a jam : être dans le pétrin

Il y a quelques années, fraîchement débarquée au Québec, je sondais le paysage musical québécois en quête de repères familiers. Ouverte à toute nouvelle expérience, je ne me doutais pas qu’en me laissant guider par mon entourage, j’allais pénétrer sans le savoir le cœur de la culture québécoise.

Va où le vent te mène…

Un jour, une amie violoniste me convie à un jam. À la question : « C’est quoi, un jam ? » elle répond : « C’est une soirée où plein de musiciens viennent avec leur instrument, jouent ensemble, boivent de la bière et rient très fort. » J’étais assez sceptique sur la place que je pourrais occuper dans ce type de soirée, très privée, réservée à des initiés, habitués, et allumés, qui plus est ! Je tentai un : « Est-ce que je peux venir et juste regarder ? ». Elle ne parut pas surprise. Mais je me doutais bien que je ne sortirais pas indemne de cette soirée.
Nous nous sommes retrouvées chez elle dans l’après-midi pour grignoter un morceau avant de nous rendre à la soirée jam en question. Au fil de la conversation, elle m’amenait progressivement vers le piano pour « faire de la musique ensemble ». Là. Juste comme ça. Pour le plaisir. Pour s’amuser. « Si, si, tu verras, tout ira bien. Tu vas faire ça très bien.». Faire quoi, au juste ? Juste comme ça. Bon. Juste comme ça… Elle met un disque et commence à jouer. Comme sur le disque ! Waw ! Elle a dû répéter avant, c’est pas possible ! J’ai jamais fait ça, moi ! La musique du disque est vraiment forte. Ça déménage ! On y entend des violons, de l’accordéon, un piano et quelque chose qui ressemble à une contrebasse en arrière-fond. J’écoute. Je tends l’oreille pour essayer de distinguer le rôle du piano dans toute cette agitation. Je commence à effleurer les touches. Je tâtonne. Y a pas de partition. Pas grave. Allez ! Je me lance ! Je réfléchis. Cesse donc de réfléchir ! Fonce ! J’ai trouvé la tonalité. C’est au moins ça. J’essaye de reproduire la ligne de basse. C’est rassurant. Au moins, la main gauche est occupée ! Puis quelques accords identifiés. Le rythme est d’enfer ! Ça déménage ! Je n’ai pas le choix, il faut embarquer. Allez, lance-toi ! Marche ! Ouais bon… Il ne suffit pas de dire « marche ! » pour marcher. Il ne suffit pas de dire « improvise ! » pour improviser. Il faut avant tout une bonne motivation. Je me sens un peu poche, mais bon, c’est pas grave. Mon amie m’a donné l’absolution en m’accordant toute sa confiance. Ça sécurise. Il n’y a qu’elle et moi pour entendre mes horreurs. Et puis le disque est plus fort que les fausses notes. Ça désinhibe ! Au bout de quelques dizaines de minutes, ça commence à venir. Je m’améliore. Quelques enchaînements qui ressemblent à des cadences parfaites. Ça va, je m’y reconnais. Oups ! Là, y a des surprises parfois. Je ne m’attendais pas à cette modulation-là. Je continue de tâtonner. Ça va vite ! Je cours après le violon. Je guette le retour du premier thème. Yehhh ! Je l’ai eu ! Ça motive. Après quelques dizaine de minutes de marathon… repos !
Forte de cette première séance d’initiation, j’assistais un peu plus tard dans la soirée à mon premier jam avec les oreilles déployées comme des antennes paraboliques pour entendre tout ce qu’il m’était possible de capter. Plongée dans une ambiance déchaînée de violoneux acharnés et endurants, j’étais en train de vivre ma première immersion dans la musique traditionnelle québécoise. Évidemment, on me contraignit rapidement à m’asseoir au piano pour avoir osé avouer que j’étais pianiste. Tais-toi et nage ! C’est ce que j’ai fait les heures suivantes. Comptant sur une expérience réduite en la matière, je n’ai pu que m’en remettre à des réflexes de survie hérités de mon expérience classique heureusement assez solide pour maintenir ma réputation au dessus du niveau du ridicule et accompagner selon mon instinct reels et gigues jusqu’à plus soif ! Attendris d’assister aux tout premiers pas d’une petite Française dans la musique québécoise, pleins d’indulgence et de compassion, les musiciens présents m’ont félicitée et encouragée ardemment à me joindre à eux dans les prochains jams. Bouleversée par cette entrée inespérée dans le Monde merveilleux des violoneux, j’étais excitée comme une enfant abandonnée qui aurait trouvé une nouvelle famille.

Le goût des choses simples


J’avais conservé de la France un regard assez perplexe sur la musique traditionnelle. Au contraire de la musique ancienne qui trouve son origine à la même époque, savante et raffinée, la musique traditionnelle est rustique et campagnarde, pour ne pas dire franchement terreuse. J’ai bien souvenir d’avoir appris à danser quelque bourrée à l’école primaire, influencée par l’enthousiasme de la maîtresse, qui y croyait vraiment. Manquaient juste les sabots pour s’imprégner du style. Je me souviens aussi de soirées bretonnes où nous dansions tous en farandole lors des veillées de camp, nous tenant par les petits doigts en dessinant des petits moulinets dans l’air avec les petits doigts des voisins. Mais ces distractions étaient rares et réservées à des moments privilégiés, motivés par un petit clan de passionnés issus pour la plupart du terroir, le vrai, tentant vaille que vaille d’en perpétuer la tradition.
Mais, pour moi, la musique traditionnelle québécoise a bien meilleur goût.

Un bain de culture

Reléguée la plupart du temps aux confins de l’oubli pour ne ressortir que ponctuellement au temps des fêtes ou de la cabane à sucre, la musique traditionnelle a longtemps été considérée un brin quétaine. À travers la popularité grandissante de nombreux groupes de la relève (La Bottine Souriante, Vent du Nord, La Volée d’Castors, Genticorum, Mes Aïeux…), elle semble lentement réhabilitée aux oreilles du grand public. Enrichie de nouvelles influences (Europe de l’Est, Amérique latine, jazz, pop…), elle n’en demeure pas moins le fondement – voire l’essence même – de l’identité culturelle québécoise. En pénétrant le monde des jams de musique traditionnelle québécoise, j’avais le sentiment de pénétrer le cœur du Québec tout entier.

Amours infidèles

Après avoir flirté toute une nuit avec la musique traditionnelle, je suis retournée à mon quotidien de pianiste classique. Je me sentais à la fois pleine de fierté d’avoir su relever le défi d’une telle immersion et un peu honteuse d’avoir joui de bonheur avec une musique aussi… rustique et rudimentaire.
La musique classique m’avait appris le son propre, lisse, subtil et intense, pensé, étudié, mesuré, maîtrisé, la divine sonorité, le respect du texte, de l’écrit, la rigueur, l’intériorité, la pureté, l’expression, le phrasé, la respiration, le silence, l’inspiration, la densité de l’instant présent, l’ambiance quasireligieuse des salles de concert… La musique traditionnelle faisait voler tous ces préceptes sacrés en éclats, relevant d’un tout autre ordre sur lequel règne le rythme, LE rythme avant tout, incitant avec une énergie décoiffante à l’invention, l’improvisation, la spontanéité, la rugosité des sonorités, festive et joyeuse, dynamique et ludique, faisant lever le monde de sa chaise dans une euphorie collective, pleine de vie, de bonne humeur…
Jammer des nuits durant avec mes amis violoneux allait devenir pour moi un petit péché secret : mon plaisir coupable.

Le défi de l’apprentissage

Après le premier jam, je me suis mise au travail. Encouragée par les uns, guidée par les autres, j’ai fait mes devoirs : écouter tous les disques de musique traditionnelle qui me tombaient sous la main, saisir la structure (AABBAABBAABB… la plupart du temps, mais aussi AABBCCDDBBEE…), assimiler les rythmes des reels et des gigues et y introduire quelques syncopes bien senties, se familiariser avec les diverses progressions harmoniques, s’inspirer des grilles retranscrites par certains éditeurs puis s’en libérer rapidement en y apportant quelques touches personnelles (permuter les accords, ajouter un accord de passage, introduire une pédale, un contre-chant, un chromatisme…), prendre confiance, connaître le répertoire commun et fréquenter les Veillées du Plateau où l’on danse des sets carrés, des gigues et des quadrilles sous le contrôle d’un caller soutenu par d’excellents musiciens. Inspirant. À peine débrouillée, je me suis jetée à mon tour dans la fosse : j’ai accompagné mon premier bal, donné mon premier spectacle de musique traditionnelle... Vas-y ! Fonce ! Privée de partition – ma meilleure alliée depuis toujours –, j’apprenais à faire confiance à mon instinct. Portée par un rythme endiablé et le désir viscéral de participer à l’euphorie générale, je découvrais une tout autre manière d’entrer dans le jeu : AVEC LES OREILLES, avant tout !

La veillée au quotidien

Il ne fallut pas longtemps pour que je fasse profiter mes élèves de ma récente découverte. J’ai trouvé rapidement dans les reels un matériau idéal pour la compréhension du langage harmonique tonal, choisissant quelques grilles très simples, avec trois accords (I-IV-V), que nous pratiquons d’abords plaqués, très lentement, puis plus vite, en alternant basses à la main gauche et accords à la main droite. En peu de temps, l’harmonie au clavier auparavant réduite à l’exercice un peu austère des cadences trop parfaites a pris des allures de veillée festive. Ça swingue dans le salon ! Depuis, il n’est pas rare qu’un élève arrivant à son cours, avant d’entamer gammes et arpèges ou toute autre pièce plus sérieuse, se précipite sur le piano pour jouer à toute vitesse les pompes d’un reel appris la semaine précédente. J’embarque alors avec la partie de violon jouée dans les aigus et nous voilà partis pour un tour en répétant en boucle le Reel du forgeron, avant de l’accélérer et de le transposer dans une autre tonalité. Harmonie et transposition deviennent un véritable jeu d’enfant. À travers cela, l’élève apprend incidemment à tenir un rythme, à respecter une structure en se repérant sur la mélodie accompagnée, à assimiler des enchaînements harmoniques et à se fier davantage à son oreille. En somme : à développer des réflexes d’accompagnement, avec l’excitation des jours de fêtes !

Dis-moi quelle musique tu joues, je te dirai qui tu es.

Difficile d’être à la fois tout et son contraire. Pourtant, entre la jammeuse traditionnelle et la pianiste classique, je n’ai pas été capable de choisir. Frisant un moment la schizophrénie, j’ai finalement accepté cette double personnalité, en choisissant le meilleur des deux mondes : la musique classique pour l’intensité, la musique traditionnelle pour l’euphorie.
Devenue aux yeux de mes amis violoneux « la-petite-Françaèse-qui-joue-des-reels-québécois », je les fais bien sourire. Avec un soupçon de tendresse et de taquinerie, beaucoup de chaleur et de générosité, ils m’ont gentiment adoptée. Pouvais-je espérer meilleur signe de bienvenue ou meilleure intégration ?

© Marie Muller, septembre 2007
article publié dans la Muse affiliée, magazine de pédagogie musicale
Posted by Marie Posted on 13:08:00 | No comments

entrefilages




errance sur le bord de la voie de chemin de fer

Mont-Saint-Hilaire

vendredi 19 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 10:45:00 | No comments

ce que le matin nous offre

Trois belles fleurs d'hibiscus se sont ouvertes ce matin.
Cadeau de la nuit pour une journée maussade.

mercredi 17 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 11:34:00 | No comments

17 octobre 1987


Il y a 20 ans, jour pour jour, nos parents célébraient leurs 25 ans de mariage.
Le 17 octobre 1987, nous étions tous rassemblés autour d'eux, parents et amis, pour une soirée mémorable sous le signe de La belle meunière (Die schöne Mühlerin*).
Pierre (mon frère) et moi étions les grands animateurs de la soirée. Nos amis comédiens et musiciens se sont joints à nous et ont ajouté leur touche personnelle pour que les sons et les mots y résonnent largement.

Cette soirée est restée profondément ancrée dans le souvenir de chacun et demeure dans l'histoire de la famille comme une étape importante, qui fut rassembleuse et représentative de ce que nos parents ont été et seront toujours pour nous : des êtres de conviction rayonnants qui ont su répendre autour d'eux, peut-être sans le savoir - et même sans le vouloir -, une image de foi, de constance, de persévérance, d'exigence et de fidélité exemplaire.

2007 est donc l'année de leurs 45 ans de mariage. C'est aussi celle qui, après quelques soucis de santé qui ont ébranlé la quiétude familiale, marque, les craintes dissipées, un temps de répit mais surtout un nouveau départ dans la vie de chacun.


"L'avenir, le vrai, est devant !", dirait papa.

"Eh oui ! C'est comme ça...", soupirerait maman.

* Cycle de Lieder de Franz Schubert
NDLR : Muller (Mühler) signifie meunier en allemand
Posted by Marie Posted on 11:10:00 | No comments

variations automnales (suite)


Mont-Orford

mardi 16 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 11:10:00 | No comments

variations automnales

la symphonie des couleurs
à Mont-Saint-Hilaire

lundi 15 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 20:44:00 | No comments

première tranche

Au chapitre des rénovations, une petite séance de rattrapage est nécessaire pour certains. Révision pour les autres !

En novembre 2005, nous voilà heureux propriétaires d'un grand espace à rénover : une maison en brique (la plus solide des trois !), split level sur quatre demi-niveaux, datant de 1959, sur un beau grand terrain avec de belles haies de cèdres et de grands et beaux vieux arbres.

Aussitôt armés des clés, vaillants et motivés, nous avons entamé les opérations de raffraîchissement : nettoyage des surfaces, décollage des papiers peints et application de trois couches de peinture dans toute la maison. Avec une hauteur de 12 pieds sous plafond à certains endroits (comme les escaliers, par exemple) c'est quasiment de la haute voltige !


Voilà au moins un échantillon du résultat :

Le salon - salle à manger
avant

après













après




la cuisine
avant













après



avec une petite touche personnelle qui court tout autour de la pièce.


le bureau

avant

après









puis ponçage et vernissage des planchers.

Jusque là, rien que de très ordinaire.

Le meilleur est à venir !...

dimanche 14 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 10:15:00 | No comments

aux pèlerins de passage

pancarte trouvée sur les murs de la Basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, Québec


Le message est-il clair ?
Pèlerins, soyez modestes ou vivez tout nus !

samedi 13 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 22:25:00 | No comments

du feu dans l'âtre


Au mois de septembre, nous avons été largement gâtés par le réchauffement climatique qui nous a offert des températures hésitant entre 20 et 25°C. Nous avons eu l'impression que l'été ne s'arrêterait jamais. C'est peut-être ça l'été indien.
À présent, l'automne se fait doucement ressentir. Les couleurs changent. Nous récoltons nos dernières tomates. Restent encore quelques poivrons. Nous sortons nos petites laines et certains jours, l'imperméable. La maison se refroidit. Ce soir, je n'ai pas résisté : j'ai fait un feu dans la cheminée. Le premier de la saison !

Un bon feu. Un bon bouquin. Une petite musique de fond. Le bonheur dans les choses simples.

Posted by Marie Posted on 14:57:00 | No comments

un dessin pour Marie


Dans ma boîte à tendresse, il y a un dessin de Yasaman, 7 ans, une petite élève de l'école de musique de Vigneux-sur-Seine. Elle en a douze aujourd'hui et continue le piano aussi brillamment que tout le reste.

Le temps passe, mais les souvenirs restent...

Posted by Marie Posted on 14:32:00 | No comments

beauté nature

Octobre au Mont Orford

« Il n’y a point de recette pour embellir la nature,
il ne s’agit que de voir. » Auguste RODIN

Posted by Marie Posted on 14:14:00 | No comments

feuillage ardent


Les couleurs de l'automne canadien ne sont pas une légende.
C'est cette semaine que les couleurs seront les plus flamboyantes.


Posted by Marie Posted on 13:58:00 | No comments

charter pour les moineaux


Ah ! Pas drôle, la promiscuité.




Posted by Marie Posted on 12:20:00 | 2 comments

tout n'est pas perdu


Quand on dit que les parents ne s'occupent plus de leurs enfants, il y en a qui dérogent à la règle...

Lettre reçue hier :

C'est un peu de baume au coeur, un peu de reconnaissance dans un monde cruel et sans pitié, dusse ma modestie en prendre un coup ! Un petit trésor à mettre dans la boîte à tendresse, à ressortir les jours de grisaille.

jeudi 11 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 19:12:00 | No comments

Le piano, solitaire ou solidaire ?

des vertus de l’accompagnement dans le cheminement des élèves pianistes
Marie Muller
article publié dans la Muse affiliée, magazine de pédagogie musicale

« On n’enseigne pas ce que l’on sait. On n’enseigne pas ce que l’on veut. On enseigne ce que l’on est. »

Jean Jaurès, homme politique français (1859–1914)

Ce que l’on est

Lorsque j’ai choisi le piano, à un âge où l’instinct plus que la raison devait guider mes choix, je n’étais pas encore tout à fait consciente du fait que ce choix allait me permettre d’assouvir à la fois un désir profond d’autonomie (jouer SEULE un répertoire de SOLISTE qui ME plaît, à MOI) et une soif infinie de rencontres, par le biais d’expériences musicales collectives, que ce soit dans la musique de chambre, l’accompagnement ou la participation à des créations de théâtre musical.
J’ai découvert cet aspect là lorsque, guidée par un professeur qui voyait en moi une certaine propension à l’écoute, quelques facilités pour la lecture et un toucher « d’accompagnatrice » (je n’ai jamais su vraiment s’il s’agissait d’un compliment), je me perfectionnais dans l’accompagnement des chanteurs. J’y découvrais ce qu’on pourrait appeler une véritable vocation.

Détrôner le mythe du pianiste solitaire

Enseignant durant de longues années le piano dans une école de musique, en France, où se côtoyaient toutes sortes de disciplines artistiques (musique, danse, théâtre, arts plastiques), je luttais contre la pensée ambiante qui considérait que le piano était un instrument soliste, donc solitaire, dont la pratique condamnait ses adeptes à demeurer des musiciens marginaux. Relevant le défi du désenclavement, j’ai ouvert ma classe à d’autres disciplines, offert à mes élèves de participer aux projets collectifs et multidisciplinaires fusant de toutes parts, associant musique, danse et théâtre, leur permettant ainsi de découvrir d’autres pratiques, de rencontrer d’autres artistes en herbe, comme eux. En somme, d’utiliser la pratique de leur art comme un moyen de rencontre, d’échange.
Ainsi, je militais sans en avoir l’air, à ma petite échelle et avec les moyens du bord, pour la socialisation des pianistes!

Installée depuis peu au Québec dans une zone que l’on pourrait qualifier de « rurale », relativement isolée dans mon nouveau et très ordinaire statut de travailleur autonome, mes convictions pédagogiques s’en trouvent renforcées. L’isolement géographique et professionnel accroissant le défi du désenclavement, la motivation de le relever en est bien plus forte encore.
Prenant plaisir à intégrer dans mon enseignement tous les moyens à ma disposition pour sortir mes élèves de la routine lorsqu’elle menace (sans que cela soit une obsession), j’ai profité cette année d’une occasion en or pour leur proposer, en prévision du concert du printemps, d’accompagner quelques élèves violonistes de la région.
Il n’est pas d’âge pour apprendre à jouer avec l’autre. Ne serait-ce qu’avec un doigt. Sur une seule note. Toute expérience en ce domaine est salutaire et formatrice. Pour la première fois, mes petits élèves québécois, la plupart dans leur première année de pratique, allaient découvrir ce que veut dire le mot « accompagner ».

Les exigences du défi

Accompagner un autre instrument est un défi exigeant.
Il requiert une écoute attentive – de soi et de l’autre –, une vigilance de chaque instant, une connaissance parfaite de sa partie, mais aussi de celle de l’autre, une compréhension de la pièce, de sa structure, de ses respirations, une analyse de la répartition des rôles, des plans sonores, et, surtout, une grande souplesse d’adaptation devant l’imprévu.
La première expérience d’accompagnement, pour un élève, est un saut dans l’inconnu dont on ne maîtrise, en tant que pédagogue, pas tous les paramètres.
Il faut tout prévoir pour se préparer à l’imprévisible. Le rôle de coach du professeur est à ce titre terriblement important si l’on veut éviter toute situation de panique. Il doit veiller à préparer l’élève pianiste tant musicalement que psychologiquement (surtout lorsqu’il s’agit d’accompagner un autre élève dont la rigueur rythmique est plus qu’aléatoire) et à orienter son travail pour parer à toute éventualité (tempo très personnel, hésitations intempestives, arrêts imprévus, reprises hésitantes, rattrapages potentiels…). De cette préparation en particulier dépendra le désir que l’élève aura de se rendre flexible aux exigences du duo. C’est grâce à cette préparation qu’il se sentira « capab’ » ou non de modifier ses habitudes, et trouvera l’énergie, le calme et la conviction nécessaires pour dépasser les difficultés.

Une leçon pour la vie

Si cette discipline requiert tant de qualités, il est indéniable que sa pratique contribue à les développer.
Accompagner est une manière d’apprendre à se mettre à la disposition de l’autre, d’offrir son soutien, présent mais discret, de dialoguer aussi, de prendre sa place tout en respectant celle de l’autre. C’est l’occasion de prendre conscience de ses responsabilités, de l’importance du rythme comme de la pulsation tout en relativisant celle du tempo. Le tempo de l’un n’est pas forcément celui de l’autre. Il faut s’entendre. Se mettre d’accord. Trouver un compromis. Apprendre à respirer, ensemble. Le principal étant « d’être avec » plutôt que de « suivre derrière ». C’est aussi apprendre à analyser rapidement ce qui se passe pour réagir de manière appropriée dans les plus brefs délais. Cette exigence réveille le sens critique, aiguise la réflexion et contribue à faire des pianistes des musiciens intelligents, en progression sur le chemin de l’autonomie.
Sorti de son isolement, l’élève prend, au cours de cette expérience, conscience de son rôle, de sa spécificité, d’être l’unique fragment d’un tout, indispensable et nécessaire. Il s’enrichit de la découverte d’un autre instrument avec ses propres contraintes et exigences, expérimentant la complémentarité dans la différence, avec tolérance et humilité.
J’ai pu constater que certains élèves, parfois réticents à l’idée de jouer seuls en public, voient leurs appréhensions disparaître lorsque leur attention est soudain happée par la nécessité du dialogue musical.
Tous retirent de l’expérience une grande fierté, pour avoir su relever le défi de l’adaptabilité, une plus grande assurance, et surtout l’envie de recommencer, pour revivre à deux ce qu’il ne peuvent définitivement pas vivre tout seuls. Leur horizon s’est enrichi d’une nouvelle perspective, celle de partager leur goût pour la musique avec d’autres enfants « comme eux » !

À force de semer… vient le temps de la récolte

Si l’expérience est parfois périlleuse, une fois le défi relevé, la victoire est brillante.
Bien préparé, le petit pianiste peut se révéler une véritable graine d’accompagnateur.
Quelle ne fut pas ma surprise (et mon émerveillement) lorsque la petite Valérie, du haut de ses huit ans, jouant avec le professeur de violon en personne, sensé donner l’exemple, l’attendait et le suivait consciencieusement pour compenser ses fautes de rythmes!

Une question de confiance

À la lumière de cette dernière expérience, je réalise combien la confiance que nos élèves ont en nous peut leur servir à se dépasser, à se surpasser. Elle semble les conduire là où nous le croyions à peine possible pour eux. Qu’on les accompagne, qu’on les soutienne, les encadre, les encourage dans l’appréhension d’un nouveau défi, avec conviction, méthode et responsabilisation, leur permet de trouver la force de donner le meilleur d’eux-mêmes, de voir grandir en eux la confiance dont ils ont besoin pour rassembler tous leurs efforts, leur concentration, leur attention, leur motivation, pour dépasser les difficultés, pour que le meilleur soit.
Parce qu’ils avaient confiance, ils ont touché du doigt le mot « accompagner ». Cela a du sens pour eux maintenant. En les accompagnant sur ce chemin tout nouveau pour eux, j’ai pu leur faire partager un peu de mon expérience et recueillir dans nos échanges une complicité bien plus grande encore. Jaurès avait raison.

© Marie Muller, mai 2005

article publié dans la Muse affiliée, magazine de pédagogie musicale
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