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samedi 9 mai 2009

Posted by Marie Posted on 14:52:00 | No comments

"Partout où tu iras j'irai"...

ou
L'accompagnateur en mission spéciale
auprès des jeunes apprentis musiciens


"La faune musicale regorge de personnages attachants. Parmi eux figurent les pianistes, caricaturés par Saint-Saëns comme des animaux de carnaval à 10 doigts. Ils se divisent eux-mêmes en différentes espèces. On y trouve le « soliste », animal solitaire expert en acrobaties, exposé au regard de tous dans l’arène du cirque concertique, le « chambriste » ou « musicien de chambre », animal domestique sociable à tendance démocratique et le « pédagogue » ou « professeur », animal pensant et doué pour la communication verbale un tantinet altruiste. Certains sont le résultat de croisements savants qui font d’eux des « chambristes-à-tendance-solistes », des « solistes-ascendant-pédagogues » ou peut-être bien tout cela à la fois ou successivement. Mais il y a aussi l’« accompagnateur », animal discret et docile, sorte de bête à deux têtes, tout aussi apte à guider son maître qu’à le suivre. Je crois que je suis de cette espèce-là. (...)"

La suite de l'article ici, sur le site de la Muse affiliée

lundi 13 octobre 2008

Posted by Marie Posted on 12:10:00 | No comments

parution de la Muse

Le nouveau numéro de la Muse affiliée est paru. Vous pourrez le consulter en ligne sur le site de La Muse affiliée (volume 11 n°1).
Vous y trouverez un nouvel article de votre serviteure parmi d'autres articles fort instructifs sur la pédagogie, le répertoire, l'histoire de la musique et les dernières parutions en matière de partitions et livres autour de la musique.

samedi 20 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 23:19:00 | No comments

Ne dites pas à ma mère...

... que je joue dans les jams, elle me croit chef de chant à l’opéra.
ou La musique traditionnelle a bien meilleur goût.

Marie Muller
article publié dans la Muse affiliée, magazine de pédagogie musicale

Traduction de jam : confiture, embouteillage
(traffic jam), blocage, bourrage (paper jam)
to be in a jam : être dans le pétrin

Il y a quelques années, fraîchement débarquée au Québec, je sondais le paysage musical québécois en quête de repères familiers. Ouverte à toute nouvelle expérience, je ne me doutais pas qu’en me laissant guider par mon entourage, j’allais pénétrer sans le savoir le cœur de la culture québécoise.

Va où le vent te mène…

Un jour, une amie violoniste me convie à un jam. À la question : « C’est quoi, un jam ? » elle répond : « C’est une soirée où plein de musiciens viennent avec leur instrument, jouent ensemble, boivent de la bière et rient très fort. » J’étais assez sceptique sur la place que je pourrais occuper dans ce type de soirée, très privée, réservée à des initiés, habitués, et allumés, qui plus est ! Je tentai un : « Est-ce que je peux venir et juste regarder ? ». Elle ne parut pas surprise. Mais je me doutais bien que je ne sortirais pas indemne de cette soirée.
Nous nous sommes retrouvées chez elle dans l’après-midi pour grignoter un morceau avant de nous rendre à la soirée jam en question. Au fil de la conversation, elle m’amenait progressivement vers le piano pour « faire de la musique ensemble ». Là. Juste comme ça. Pour le plaisir. Pour s’amuser. « Si, si, tu verras, tout ira bien. Tu vas faire ça très bien.». Faire quoi, au juste ? Juste comme ça. Bon. Juste comme ça… Elle met un disque et commence à jouer. Comme sur le disque ! Waw ! Elle a dû répéter avant, c’est pas possible ! J’ai jamais fait ça, moi ! La musique du disque est vraiment forte. Ça déménage ! On y entend des violons, de l’accordéon, un piano et quelque chose qui ressemble à une contrebasse en arrière-fond. J’écoute. Je tends l’oreille pour essayer de distinguer le rôle du piano dans toute cette agitation. Je commence à effleurer les touches. Je tâtonne. Y a pas de partition. Pas grave. Allez ! Je me lance ! Je réfléchis. Cesse donc de réfléchir ! Fonce ! J’ai trouvé la tonalité. C’est au moins ça. J’essaye de reproduire la ligne de basse. C’est rassurant. Au moins, la main gauche est occupée ! Puis quelques accords identifiés. Le rythme est d’enfer ! Ça déménage ! Je n’ai pas le choix, il faut embarquer. Allez, lance-toi ! Marche ! Ouais bon… Il ne suffit pas de dire « marche ! » pour marcher. Il ne suffit pas de dire « improvise ! » pour improviser. Il faut avant tout une bonne motivation. Je me sens un peu poche, mais bon, c’est pas grave. Mon amie m’a donné l’absolution en m’accordant toute sa confiance. Ça sécurise. Il n’y a qu’elle et moi pour entendre mes horreurs. Et puis le disque est plus fort que les fausses notes. Ça désinhibe ! Au bout de quelques dizaines de minutes, ça commence à venir. Je m’améliore. Quelques enchaînements qui ressemblent à des cadences parfaites. Ça va, je m’y reconnais. Oups ! Là, y a des surprises parfois. Je ne m’attendais pas à cette modulation-là. Je continue de tâtonner. Ça va vite ! Je cours après le violon. Je guette le retour du premier thème. Yehhh ! Je l’ai eu ! Ça motive. Après quelques dizaine de minutes de marathon… repos !
Forte de cette première séance d’initiation, j’assistais un peu plus tard dans la soirée à mon premier jam avec les oreilles déployées comme des antennes paraboliques pour entendre tout ce qu’il m’était possible de capter. Plongée dans une ambiance déchaînée de violoneux acharnés et endurants, j’étais en train de vivre ma première immersion dans la musique traditionnelle québécoise. Évidemment, on me contraignit rapidement à m’asseoir au piano pour avoir osé avouer que j’étais pianiste. Tais-toi et nage ! C’est ce que j’ai fait les heures suivantes. Comptant sur une expérience réduite en la matière, je n’ai pu que m’en remettre à des réflexes de survie hérités de mon expérience classique heureusement assez solide pour maintenir ma réputation au dessus du niveau du ridicule et accompagner selon mon instinct reels et gigues jusqu’à plus soif ! Attendris d’assister aux tout premiers pas d’une petite Française dans la musique québécoise, pleins d’indulgence et de compassion, les musiciens présents m’ont félicitée et encouragée ardemment à me joindre à eux dans les prochains jams. Bouleversée par cette entrée inespérée dans le Monde merveilleux des violoneux, j’étais excitée comme une enfant abandonnée qui aurait trouvé une nouvelle famille.

Le goût des choses simples


J’avais conservé de la France un regard assez perplexe sur la musique traditionnelle. Au contraire de la musique ancienne qui trouve son origine à la même époque, savante et raffinée, la musique traditionnelle est rustique et campagnarde, pour ne pas dire franchement terreuse. J’ai bien souvenir d’avoir appris à danser quelque bourrée à l’école primaire, influencée par l’enthousiasme de la maîtresse, qui y croyait vraiment. Manquaient juste les sabots pour s’imprégner du style. Je me souviens aussi de soirées bretonnes où nous dansions tous en farandole lors des veillées de camp, nous tenant par les petits doigts en dessinant des petits moulinets dans l’air avec les petits doigts des voisins. Mais ces distractions étaient rares et réservées à des moments privilégiés, motivés par un petit clan de passionnés issus pour la plupart du terroir, le vrai, tentant vaille que vaille d’en perpétuer la tradition.
Mais, pour moi, la musique traditionnelle québécoise a bien meilleur goût.

Un bain de culture

Reléguée la plupart du temps aux confins de l’oubli pour ne ressortir que ponctuellement au temps des fêtes ou de la cabane à sucre, la musique traditionnelle a longtemps été considérée un brin quétaine. À travers la popularité grandissante de nombreux groupes de la relève (La Bottine Souriante, Vent du Nord, La Volée d’Castors, Genticorum, Mes Aïeux…), elle semble lentement réhabilitée aux oreilles du grand public. Enrichie de nouvelles influences (Europe de l’Est, Amérique latine, jazz, pop…), elle n’en demeure pas moins le fondement – voire l’essence même – de l’identité culturelle québécoise. En pénétrant le monde des jams de musique traditionnelle québécoise, j’avais le sentiment de pénétrer le cœur du Québec tout entier.

Amours infidèles

Après avoir flirté toute une nuit avec la musique traditionnelle, je suis retournée à mon quotidien de pianiste classique. Je me sentais à la fois pleine de fierté d’avoir su relever le défi d’une telle immersion et un peu honteuse d’avoir joui de bonheur avec une musique aussi… rustique et rudimentaire.
La musique classique m’avait appris le son propre, lisse, subtil et intense, pensé, étudié, mesuré, maîtrisé, la divine sonorité, le respect du texte, de l’écrit, la rigueur, l’intériorité, la pureté, l’expression, le phrasé, la respiration, le silence, l’inspiration, la densité de l’instant présent, l’ambiance quasireligieuse des salles de concert… La musique traditionnelle faisait voler tous ces préceptes sacrés en éclats, relevant d’un tout autre ordre sur lequel règne le rythme, LE rythme avant tout, incitant avec une énergie décoiffante à l’invention, l’improvisation, la spontanéité, la rugosité des sonorités, festive et joyeuse, dynamique et ludique, faisant lever le monde de sa chaise dans une euphorie collective, pleine de vie, de bonne humeur…
Jammer des nuits durant avec mes amis violoneux allait devenir pour moi un petit péché secret : mon plaisir coupable.

Le défi de l’apprentissage

Après le premier jam, je me suis mise au travail. Encouragée par les uns, guidée par les autres, j’ai fait mes devoirs : écouter tous les disques de musique traditionnelle qui me tombaient sous la main, saisir la structure (AABBAABBAABB… la plupart du temps, mais aussi AABBCCDDBBEE…), assimiler les rythmes des reels et des gigues et y introduire quelques syncopes bien senties, se familiariser avec les diverses progressions harmoniques, s’inspirer des grilles retranscrites par certains éditeurs puis s’en libérer rapidement en y apportant quelques touches personnelles (permuter les accords, ajouter un accord de passage, introduire une pédale, un contre-chant, un chromatisme…), prendre confiance, connaître le répertoire commun et fréquenter les Veillées du Plateau où l’on danse des sets carrés, des gigues et des quadrilles sous le contrôle d’un caller soutenu par d’excellents musiciens. Inspirant. À peine débrouillée, je me suis jetée à mon tour dans la fosse : j’ai accompagné mon premier bal, donné mon premier spectacle de musique traditionnelle... Vas-y ! Fonce ! Privée de partition – ma meilleure alliée depuis toujours –, j’apprenais à faire confiance à mon instinct. Portée par un rythme endiablé et le désir viscéral de participer à l’euphorie générale, je découvrais une tout autre manière d’entrer dans le jeu : AVEC LES OREILLES, avant tout !

La veillée au quotidien

Il ne fallut pas longtemps pour que je fasse profiter mes élèves de ma récente découverte. J’ai trouvé rapidement dans les reels un matériau idéal pour la compréhension du langage harmonique tonal, choisissant quelques grilles très simples, avec trois accords (I-IV-V), que nous pratiquons d’abords plaqués, très lentement, puis plus vite, en alternant basses à la main gauche et accords à la main droite. En peu de temps, l’harmonie au clavier auparavant réduite à l’exercice un peu austère des cadences trop parfaites a pris des allures de veillée festive. Ça swingue dans le salon ! Depuis, il n’est pas rare qu’un élève arrivant à son cours, avant d’entamer gammes et arpèges ou toute autre pièce plus sérieuse, se précipite sur le piano pour jouer à toute vitesse les pompes d’un reel appris la semaine précédente. J’embarque alors avec la partie de violon jouée dans les aigus et nous voilà partis pour un tour en répétant en boucle le Reel du forgeron, avant de l’accélérer et de le transposer dans une autre tonalité. Harmonie et transposition deviennent un véritable jeu d’enfant. À travers cela, l’élève apprend incidemment à tenir un rythme, à respecter une structure en se repérant sur la mélodie accompagnée, à assimiler des enchaînements harmoniques et à se fier davantage à son oreille. En somme : à développer des réflexes d’accompagnement, avec l’excitation des jours de fêtes !

Dis-moi quelle musique tu joues, je te dirai qui tu es.

Difficile d’être à la fois tout et son contraire. Pourtant, entre la jammeuse traditionnelle et la pianiste classique, je n’ai pas été capable de choisir. Frisant un moment la schizophrénie, j’ai finalement accepté cette double personnalité, en choisissant le meilleur des deux mondes : la musique classique pour l’intensité, la musique traditionnelle pour l’euphorie.
Devenue aux yeux de mes amis violoneux « la-petite-Françaèse-qui-joue-des-reels-québécois », je les fais bien sourire. Avec un soupçon de tendresse et de taquinerie, beaucoup de chaleur et de générosité, ils m’ont gentiment adoptée. Pouvais-je espérer meilleur signe de bienvenue ou meilleure intégration ?

© Marie Muller, septembre 2007
article publié dans la Muse affiliée, magazine de pédagogie musicale

jeudi 11 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 19:12:00 | No comments

Le piano, solitaire ou solidaire ?

des vertus de l’accompagnement dans le cheminement des élèves pianistes
Marie Muller
article publié dans la Muse affiliée, magazine de pédagogie musicale

« On n’enseigne pas ce que l’on sait. On n’enseigne pas ce que l’on veut. On enseigne ce que l’on est. »

Jean Jaurès, homme politique français (1859–1914)

Ce que l’on est

Lorsque j’ai choisi le piano, à un âge où l’instinct plus que la raison devait guider mes choix, je n’étais pas encore tout à fait consciente du fait que ce choix allait me permettre d’assouvir à la fois un désir profond d’autonomie (jouer SEULE un répertoire de SOLISTE qui ME plaît, à MOI) et une soif infinie de rencontres, par le biais d’expériences musicales collectives, que ce soit dans la musique de chambre, l’accompagnement ou la participation à des créations de théâtre musical.
J’ai découvert cet aspect là lorsque, guidée par un professeur qui voyait en moi une certaine propension à l’écoute, quelques facilités pour la lecture et un toucher « d’accompagnatrice » (je n’ai jamais su vraiment s’il s’agissait d’un compliment), je me perfectionnais dans l’accompagnement des chanteurs. J’y découvrais ce qu’on pourrait appeler une véritable vocation.

Détrôner le mythe du pianiste solitaire

Enseignant durant de longues années le piano dans une école de musique, en France, où se côtoyaient toutes sortes de disciplines artistiques (musique, danse, théâtre, arts plastiques), je luttais contre la pensée ambiante qui considérait que le piano était un instrument soliste, donc solitaire, dont la pratique condamnait ses adeptes à demeurer des musiciens marginaux. Relevant le défi du désenclavement, j’ai ouvert ma classe à d’autres disciplines, offert à mes élèves de participer aux projets collectifs et multidisciplinaires fusant de toutes parts, associant musique, danse et théâtre, leur permettant ainsi de découvrir d’autres pratiques, de rencontrer d’autres artistes en herbe, comme eux. En somme, d’utiliser la pratique de leur art comme un moyen de rencontre, d’échange.
Ainsi, je militais sans en avoir l’air, à ma petite échelle et avec les moyens du bord, pour la socialisation des pianistes!

Installée depuis peu au Québec dans une zone que l’on pourrait qualifier de « rurale », relativement isolée dans mon nouveau et très ordinaire statut de travailleur autonome, mes convictions pédagogiques s’en trouvent renforcées. L’isolement géographique et professionnel accroissant le défi du désenclavement, la motivation de le relever en est bien plus forte encore.
Prenant plaisir à intégrer dans mon enseignement tous les moyens à ma disposition pour sortir mes élèves de la routine lorsqu’elle menace (sans que cela soit une obsession), j’ai profité cette année d’une occasion en or pour leur proposer, en prévision du concert du printemps, d’accompagner quelques élèves violonistes de la région.
Il n’est pas d’âge pour apprendre à jouer avec l’autre. Ne serait-ce qu’avec un doigt. Sur une seule note. Toute expérience en ce domaine est salutaire et formatrice. Pour la première fois, mes petits élèves québécois, la plupart dans leur première année de pratique, allaient découvrir ce que veut dire le mot « accompagner ».

Les exigences du défi

Accompagner un autre instrument est un défi exigeant.
Il requiert une écoute attentive – de soi et de l’autre –, une vigilance de chaque instant, une connaissance parfaite de sa partie, mais aussi de celle de l’autre, une compréhension de la pièce, de sa structure, de ses respirations, une analyse de la répartition des rôles, des plans sonores, et, surtout, une grande souplesse d’adaptation devant l’imprévu.
La première expérience d’accompagnement, pour un élève, est un saut dans l’inconnu dont on ne maîtrise, en tant que pédagogue, pas tous les paramètres.
Il faut tout prévoir pour se préparer à l’imprévisible. Le rôle de coach du professeur est à ce titre terriblement important si l’on veut éviter toute situation de panique. Il doit veiller à préparer l’élève pianiste tant musicalement que psychologiquement (surtout lorsqu’il s’agit d’accompagner un autre élève dont la rigueur rythmique est plus qu’aléatoire) et à orienter son travail pour parer à toute éventualité (tempo très personnel, hésitations intempestives, arrêts imprévus, reprises hésitantes, rattrapages potentiels…). De cette préparation en particulier dépendra le désir que l’élève aura de se rendre flexible aux exigences du duo. C’est grâce à cette préparation qu’il se sentira « capab’ » ou non de modifier ses habitudes, et trouvera l’énergie, le calme et la conviction nécessaires pour dépasser les difficultés.

Une leçon pour la vie

Si cette discipline requiert tant de qualités, il est indéniable que sa pratique contribue à les développer.
Accompagner est une manière d’apprendre à se mettre à la disposition de l’autre, d’offrir son soutien, présent mais discret, de dialoguer aussi, de prendre sa place tout en respectant celle de l’autre. C’est l’occasion de prendre conscience de ses responsabilités, de l’importance du rythme comme de la pulsation tout en relativisant celle du tempo. Le tempo de l’un n’est pas forcément celui de l’autre. Il faut s’entendre. Se mettre d’accord. Trouver un compromis. Apprendre à respirer, ensemble. Le principal étant « d’être avec » plutôt que de « suivre derrière ». C’est aussi apprendre à analyser rapidement ce qui se passe pour réagir de manière appropriée dans les plus brefs délais. Cette exigence réveille le sens critique, aiguise la réflexion et contribue à faire des pianistes des musiciens intelligents, en progression sur le chemin de l’autonomie.
Sorti de son isolement, l’élève prend, au cours de cette expérience, conscience de son rôle, de sa spécificité, d’être l’unique fragment d’un tout, indispensable et nécessaire. Il s’enrichit de la découverte d’un autre instrument avec ses propres contraintes et exigences, expérimentant la complémentarité dans la différence, avec tolérance et humilité.
J’ai pu constater que certains élèves, parfois réticents à l’idée de jouer seuls en public, voient leurs appréhensions disparaître lorsque leur attention est soudain happée par la nécessité du dialogue musical.
Tous retirent de l’expérience une grande fierté, pour avoir su relever le défi de l’adaptabilité, une plus grande assurance, et surtout l’envie de recommencer, pour revivre à deux ce qu’il ne peuvent définitivement pas vivre tout seuls. Leur horizon s’est enrichi d’une nouvelle perspective, celle de partager leur goût pour la musique avec d’autres enfants « comme eux » !

À force de semer… vient le temps de la récolte

Si l’expérience est parfois périlleuse, une fois le défi relevé, la victoire est brillante.
Bien préparé, le petit pianiste peut se révéler une véritable graine d’accompagnateur.
Quelle ne fut pas ma surprise (et mon émerveillement) lorsque la petite Valérie, du haut de ses huit ans, jouant avec le professeur de violon en personne, sensé donner l’exemple, l’attendait et le suivait consciencieusement pour compenser ses fautes de rythmes!

Une question de confiance

À la lumière de cette dernière expérience, je réalise combien la confiance que nos élèves ont en nous peut leur servir à se dépasser, à se surpasser. Elle semble les conduire là où nous le croyions à peine possible pour eux. Qu’on les accompagne, qu’on les soutienne, les encadre, les encourage dans l’appréhension d’un nouveau défi, avec conviction, méthode et responsabilisation, leur permet de trouver la force de donner le meilleur d’eux-mêmes, de voir grandir en eux la confiance dont ils ont besoin pour rassembler tous leurs efforts, leur concentration, leur attention, leur motivation, pour dépasser les difficultés, pour que le meilleur soit.
Parce qu’ils avaient confiance, ils ont touché du doigt le mot « accompagner ». Cela a du sens pour eux maintenant. En les accompagnant sur ce chemin tout nouveau pour eux, j’ai pu leur faire partager un peu de mon expérience et recueillir dans nos échanges une complicité bien plus grande encore. Jaurès avait raison.

© Marie Muller, mai 2005

article publié dans la Muse affiliée, magazine de pédagogie musicale
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