lundi 18 mai 2009
Ça y est ! La fièvre me reprend. Depuis quelques jours, je sens surgir les symptômes récurrents d'un trouble qui m'assaille périodiquement. Le soir, la nuit tombée, je prends place sur le banc de piano, cale mon violoncelle entre mes cuisses, brandis mon archet, pour une heure, juste une heure. C'est alors que la crise me prend. Quelques minutes suffisent pour que le temps perde toute mesure, que plus rien n'existe autour de moi. Tous mes sens semblent désormais voués à une seule tâche : vivre le moment présent. Envoûtée par une soif intarissable de progression, hantée par l'obsession permanente de la justesse parfaite, dans une quête insatiable de la reproduction fidèle d'un chant intérieur, je me sens prise d'une boulimie incontrôlable de mélodies expressives dans l'espoir de me les approprier, mue par le bonheur infini de l'infime progression quotidienne du cheminement personnel vers une idéale perfection.
La corne me pousse au bout des doigts, la fatigue me ronge mais je continue quand même, incapable de mettre un terme à ce moment de grâce sans le sentiment d'un déchirement douloureux. Ce sont deux heures, peut-être trois écoulées avant que je me résigne enfin à revenir au silence. Fatiguée mais non repue, de raison plus que de désir, j'abandonne la source de mon plaisir, jusqu'au lendemain...
samedi 9 mai 2009
L'accompagnateur en mission spéciale
auprès des jeunes apprentis musiciens
"La faune musicale regorge de personnages attachants. Parmi eux figurent les pianistes, caricaturés par Saint-Saëns comme des animaux de carnaval à 10 doigts. Ils se divisent eux-mêmes en différentes espèces. On y trouve le « soliste », animal solitaire expert en acrobaties, exposé au regard de tous dans l’arène du cirque concertique, le « chambriste » ou « musicien de chambre », animal domestique sociable à tendance démocratique et le « pédagogue » ou « professeur », animal pensant et doué pour la communication verbale un tantinet altruiste. Certains sont le résultat de croisements savants qui font d’eux des « chambristes-à-tendance-solistes », des « solistes-ascendant-pédagogues » ou peut-être bien tout cela à la fois ou successivement. Mais il y a aussi l’« accompagnateur », animal discret et docile, sorte de bête à deux têtes, tout aussi apte à guider son maître qu’à le suivre. Je crois que je suis de cette espèce-là. (...)"La suite de l'article ici, sur le site de la Muse affiliée
lundi 4 mai 2009
Ça y est, Elle est partie. Depuis quelques jours Elle dormait, recluse dans un coin de la cour, fatiguée, silencieuse, en attendant qu'on s'occupe d'Elle, une dernière fois. Aujourd'hui, on est venu La chercher pendant que j'étais en cours. Par la fenêtre je l'ai vue s'éloigner, juchée sur le dos d'un plus gros qu'Elle, puis disparaître derrière les grands arbres.
Ensemble, ils sont partis. C'est fini. Je ne La reverrai plus.
Elle restera ma première québécoise, celle qui m'a offert le si précieux sentiment de liberté à mon arrivée au Québec, celle qui m'a conduite partout, à chaque lieu de ma nouvelle vie, celle qui m'a permis de prendre possession d'un territoire jusque là étranger, celle qui ne m'a jamais totalement lâchée même lorsque je n'en attendais plus rien.
Aujourd'hui, je l'ai lâchement abandonnée au sort de la décharge. Elle finira démembrée, en pièces détachées, pour la survie d'autres comme Elle ou bien compactée en petits cubes de métal compressé à recycler.
Une plus jeune a pris sa place. Plus belle et plus brillante. Une qui me ressemble davantage, selon Eric. Mais Elle restera Ma Première. Définitivement.
samedi 2 mai 2009
Après 16 années de bons et loyaux services, rongé par le sel de 16 hivers, mon vieux char me quitte. J'étais déterminée à le mener jusqu'à l'épuisement. Tant qu'il roulait, il pouvait encore me rendre de nombreux services, même si je n'osais pas y inviter qui que ce soit pour un trajet aussi court qu'il soit. Mais pour moi... pour le peu de kilomètres que j'ai à faire chaque année, il aurait bien pu durer encore quelques saisons. Il montrait bien quelques signes de fatigue, mais rien d'alarmant. J'attendais qu'une panne majeure me contraigne à en changer. Mais pas de panne. La rouille a eu raison de lui. Le dernier hiver lui a été fatal; depuis quelques semaines, sa tôle a commencé à s'éfeuiller comme l'écorce d'un arbre mort. De crainte de le voir plier sur un nid de poule non évité, j'ai dû me résoudre à en changer.
"Contre la rouille, il n'y a rien à faire." *
J'ai donc commencé à magasiner via Internet et les petites annonces un-bon-vieux-char-pas-trop-cher-qui-a-l'air-d'un-neuf. En quelques jours, j'ai fait le tour du marché automobile de la Montérégie, épluché les numéros spéciaux des revues de consommateurs, sélectionné les modèles éligibles et repéré quelques annonces alléchantes. Il faut dire que le choix des chars pouvant accueillir un piano numérique et un violoncelle est assez restreint. Comme en plus je suis assez difficile sur la couleur... Comme je fuis la tendance beige des carrelages de salle de bain, je fuis autant la tendance grise des automobiles.
Mais en deux jours, aussi vite que les tulipes fleurissent dans mon jardin, une nouvelle auto est entrée dans ma cour !
"La rouille aurait un charme fou
Si elle ne s'attaquait qu'aux grilles." *
* Maxime Le Forestier
dimanche 26 avril 2009
Nous profitons de l'occasion pour rénover la petite salle de bain attenante que nous avons dû agrandir pour y mettre une douche.
Une fois finie, elle servira pour les petits besoins de mes élèves et pour la toilette de nos invités. Une bonne partie a été faite déjà (montage des murs, plâtre, plomberie, électricité, peinture). Nous attaquerons bientôt la phase "céramique" (pose du carrelage). Je voulais quelque chose de coloré, à l'image du reste de la maison... Mais, à voir les magazines de décoration et les collections en magasins, la tendance est dangereusement beige. Nostalgie de la fantaisie françaèse... Après force exploration, j'ai finalement trouvé un peu de couleur. Nous poserons tout cela dans les prochaines semaines. À suivre...Prochainement : quelques photos avant-après pour les curieux.


Lorsque mes contrats s'achèvent, le printemps arrive ! C'est alors la nature qui exige qu'on s'y attarde. Le jardin renaît de l'hiver et nous réclame de l'attention. L'été sera court. Il faut faire vite pour ne pas se laisser surprendre par la fulgurance du printemps. Faire le grand ménage, ramasser les branches cassées des grands arbres, dégager les arbustes du paillis qui les a protégés durant tout l'hiver, les tailler, en planter de nouveaux, réaménager les plates-bandes, diviser, transplanter, nettoyer le potager en attendant d'y planter de nouveaux légumes après les dernières gelées (pas avant le début mai). Tout cela demande réflexion et planification, et quelques allers-retours à la jardinerie... Les belles journées que nous avons ces temps-ci sont une invitation à se relever les manches pour créer aujourd'hui notre décor de demain. C'est de l'ouvrage mais il faut bien cela pour pouvoir ensuite se prélasser tout l'été à l'ombre des grands arbres en regardant les fleurs pousser.
mercredi 15 avril 2009
Il y a sept ans, jour pour jour, je mettais pour la première fois le pied dans un pays dont j'étais loin de m'imaginer qu'il deviendrait un jour le mien.
15 avril 2002. Montréal. Aéroport Pierre-Elliott Trudeau. Après-midi d’un printemps jaillissant. Première rencontre. Premiers regards timides et prudes. Deux êtres émerveillés, troublés aussi de se sentir si proches, à portée de bras, osant à peine se frôler, surpris de se sentir l’un l’autre bien vivants, bien réels, étrangers au-dehors et pourtant si proches au-dedans. Souvenir étrange que celui de cette première rencontre. Montréal brillait sous le soleil d’avril. Un bel après-midi. La platitude sinistre de l’autoroute Décarie dépourvue d’humanité et la laideur surréaliste de l’échangeur Turcot, dans l’entrelacement de ses bretelles bétonnées n’altéraient en rien la magie du moment. Le décalage horaire me faisait revivre une demi-journée entière de ma vie dans un lieu étrange où tout est si différent et que je découvrais avec une immense et avide curiosité. Bouleversée, je voyageais dans le temps et dans l'espace avec le sentiment d’avoir été projetée sur une autre planète ou peut-être dans un film dont j'étais à la fois héroïne et spectatrice et dont le décor s'étendait à perte de vue. Il y a donc bien une vie en dehors de la nôtre, insoupçonnée mais bien réelle. Je découvrais celle grouillante de Montréal. Marche dans la rue Mont-Royal, pause chez Saint-Viateur "le Roi du bagel", promenade romantique jusqu’au belvédère du Mont Royal, tous les deux, seuls au milieu des écureuils, ignorant le reste du monde.
Depuis, cet être étrange rencontré un 15 avril aéroport Pierre-Elliott Trudeau est devenu mon tendre compagnon de vie et je vis dans son film comme dans une fiction-réalité pour la septième et magnifique saison.






