Après 16 années de bons et loyaux services, rongé par le sel de 16 hivers, mon vieux char me quitte. J'étais déterminée à le mener jusqu'à l'épuisement. Tant qu'il roulait, il pouvait encore me rendre de nombreux services, même si je n'osais pas y inviter qui que ce soit pour un trajet aussi court qu'il soit. Mais pour moi... pour le peu de kilomètres que j'ai à faire chaque année, il aurait bien pu durer encore quelques saisons. Il montrait bien quelques signes de fatigue, mais rien d'alarmant. J'attendais qu'une panne majeure me contraigne à en changer. Mais pas de panne. La rouille a eu raison de lui. Le dernier hiver lui a été fatal; depuis quelques semaines, sa tôle a commencé à s'éfeuiller comme l'écorce d'un arbre mort. De crainte de le voir plier sur un nid de poule non évité, j'ai dû me résoudre à en changer.
"Contre la rouille, il n'y a rien à faire." *
J'ai donc commencé à magasiner via Internet et les petites annonces un-bon-vieux-char-pas-trop-cher-qui-a-l'air-d'un-neuf. En quelques jours, j'ai fait le tour du marché automobile de la Montérégie, épluché les numéros spéciaux des revues de consommateurs, sélectionné les modèles éligibles et repéré quelques annonces alléchantes. Il faut dire que le choix des chars pouvant accueillir un piano numérique et un violoncelle est assez restreint. Comme en plus je suis assez difficile sur la couleur... Comme je fuis la tendance beige des carrelages de salle de bain, je fuis autant la tendance grise des automobiles.
Mais en deux jours, aussi vite que les tulipes fleurissent dans mon jardin, une nouvelle auto est entrée dans ma cour !
"La rouille aurait un charme fou
Si elle ne s'attaquait qu'aux grilles." *
* Maxime Le Forestier
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire