samedi 26 mars 2011

Posted by Marie Posted on 21:27:00 | No comments

Horizons lumineux

Samedi soir. Je reviens de Montréal.

Je remplaçais toute la journée une pianiste pour l'accompagnement du Choeur classique de Montréal dirigé par Louis Lavigueur, chef dont je vous parlais dans un précédent message, honoré par la critique montréalaise. Au programme : la Messe Litugica Domestica Op.79 de Gretchaninov. Vous ne connaissez pas ? Moi non plus, avant de découvrir la partition avant-hier soir. 
Ce remplacement était prévu depuis deux semaines mais le programme de la répétition ne l'était pas, jusqu'à il y a quelques jours. Le temps de récupérer la partition - une partition comme celle-là, ça ne court pas les rues - et cela nous a menés à jeudi soir. Un peu plus et je devais faire le filage de l'oeuvre en lecture à vue. Ça se serait fait, mais ça n'aurait franchement pas été super confortable comme conditions, surtout avec un chef que je ne connais pas et qui ne me connaît pas, avec une partition jusque là inconnue qui n'est pas vraiment difficile à jouer mais dont les tonalités à 6 bémols et les changements de mesure obligent à une concentration maximale. Ce n'est pas que je mettais ma carrière en jeu - j'ai eu une vie avant Louis Lavigueur, j'en aurais bien eu une après ! - mais c'était pour moi l'occasion de me montrer, de sortir de mon trou de souris et de ma zone de confort pour m'exposer un peu et montrer au petit monde de la musique montréalais que j'existe, comme musicienne, comme pianiste et comme accompagnatrice.
On veut des défis ? On en a !

Comme d'habitude, j'ai douté d'être à la hauteur (comprendre : à la hauteur de mes exigences, à savoir assez brillante pour gagner la confiance et la reconnaissance d'autrui) mais la confiance de mon amie Julie-chef-de-choeur, grâce à qui je me trouvais là aujourd'hui, et les petits mots d'encouragement de mon Éric qui me dit, chaque fois que je doute de moi, que je vais "assurer comme une bête, comme d'habitude", ne me laissent pas le choix : je plonge.

J'étais donc au conservatoire de Montréal pour 6 heures de répétitions intensives.

Julie remplaçait le chef le matin. Nous nous retrouvions donc dans la même configuration que le mardi soir avec les Jeunes voix du coeur: elle chef et moi accompagnatrice. En terrain connu, donc. C'était idéal pour démarrer la journée. Le vieux Baldwin de concert de la salle d'orchestre du conservatoire m'a tendu les touches et je me suis laissée séduire, envoûtée, découvrant ses sonorités enveloppantes et son toucher diablement velouté. Un vrai bonheur.

L'après-midi, je faisais enfin connaissance avec Louis Lavigueur. Les présentations d'usage faites, la répétition a pu commencer. Après un démarrage un peu pénible - les choristes paraissaient littéralement amorphes en ce début d'après-midi, la répétition ne levait pas et je luttais moi-même contre une subite menace de somnolence - les choses se sont un peu améliorées. La répétition suivait son cours. Je sentais au fur et à mesure de sa progression croître la confiance du chef, se multiplier ses regards bienveillants et invitants, une connivence discrète et subtile s'esquisser à travers la musique, à travers le travail. J'ai eu du plaisir à le suivre, à le soutenir dans ses intentions, à traduire en musique la dynamique de ses gestes. J'aime accompagner de bons chefs comme j'aime jouer avec de bons musiciens. Je me sens comme le moteur dont le choeur est le véhicule et le chef le conducteur. Ensemble, nous avons fait un petit tour en Russie en parcourant les pages de Gretchaninov.

La répétition achevée, les choristes m'ont chaleureusement remerciée puis se sont dispersés. Je suis restée seule avec le chef. Nous avons échangé quelques réflexions sur la répétition. Il m'a questionnée sur mon expérience d'accompagnatrice, a échappé pudiquement quelques compliments au passage, puis a souhaité avoir mes coordonnées. "On ne trouve pas facilement des accompagnateurs...". Il était curieux de savoir d'où je venais, quel était mon parcours. Nous avons partagé quelques impressions sur la France - sa femme est française - et nous sommes trouvé des amis communs de Mont-Saint-Hilaire. Après avoir chacun exprimé le bonheur de cette rencontre, nous nous sommes quittés en espérant qu'il y ait une autre fois.
Il y en aura une. Forcément.

La journée s'achève. Je suis épuisée. 
Épuisée, mais satisfaite.


Demain, repos. Un peu de répit dans ces semaines de fou.

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