Cela faisait deux jours que nous étions au Nord du lac quand j'ai senti que quelque chose ne tournait pas rond. Nous avions atteint notre objectif : explorer le Parc de la Pointe Taillon, mais malgré cela, Éric ne semblait totalement satisfait. Je commençais à sentir chez lui quelques signes d'impatience, de lassitude. La fatigue accumulée... le voyage... les nuits trop courtes dans cette chaleur humide... le quotidien qui revient en pensée... le boulot... au galop... les petits soucis... les vacances trop courtes... et pas assez reposantes... l'angoisse de la rentrée à dix jours de la reprise... Bref, Éric commençait à broyer du noir.
Que faire ? Partir ou rester ? Surtout, ne pas rentrer ! Pas avant qu'Éric n'ait réussi à décrocher et à se sentir vraiment en vacances !
Je savais que les gens de la région du Saguenay-Lac Saint-Jean étaient très attachés à leur région. Je connais parmi eux quelques nostalgiques qui rêveraient bien d'avoir leur chalet sur le bord du lac. Éric est de ceux-là.
Venir voir Le Lac était nécessaire. Mais était-ce suffisant ?
Éric avait besoin de repos. Finis les gros efforts à la chaleur torride de ces dernières journées.
Éric avait besoin de confort. "Le camping, c'est pas naturel, disons"... (sic)
Éric avait besoin de ne rien faire pour décrocher. Juste ne RIEN faire. C'est ce que nous ferons. Ça fait bien mon affaire !
Ne rien faire. Oui. Mais où ? Je sentais bien qu'Éric ne trouvait pas au Nord ce qu'il connaissait du Sud. Le Sud du Lac. C'est là qu'il passait tous ses étés lorsqu'il était enfant. À Chambord. Des heures sur les plages de galets et de sable fin...
Nous avons donc pris la direction du Sud, pour nous poser, pour de vrai, dans un petit chalet avec le lac à nos pieds, où nous passerons de longues journées à ne rien faire, sinon des choses inutiles, comme... faire la crêpe au soleil (un côté, puis l'autre) sur la plage (entre le galets et le sable fin, nous avons choisi les galets) et, quand il fait trop chaud, se rafraîchir dans l'eau glaciale du lac, ramasser des petits cailloux et s'amuser aux osselets avec cinq d'entre eux qu'on a soigneusement sélectionnés, en choisir quelques gros pour en faire des presses-papier, chercher des trilobites (fossiles), paresser sur la terrasse, parcourir quelques pages du bouquin commencé avant le départ, s'assoupir au bout de deux ou trois pages, rire de la pluie et se nourrir de lumière, chasser les mouches à l'élastique, s'asseoir sur la grève et fixer l'horizon en écoutant le sac et le ressac perpétuel des vaguelettes, contempler la couleur du ciel et observer la forme des nuages, attendre le coucher du soleil dissimulé derrière un horizon encombré, et après tout cela, s'endormir, simplement, avec la satisfaction de n'avoir rien fait de sa journée. Pour une fois.
Éric avait besoin de retrouver le goût des choses simples, une petite gorgée d'enfance.
Son pays à lui, c'est le Sud du Lac.
À suivre...
N.D.L.R : N'hésitez pas à revisiter les articles précédents de cette escapade. De nombreuses modifications ont été apportées depuis leur création.
Sur la route des vacances, une échappée au Lac Saint-Jean
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