Je vis depuis quinze jours dans un univers clos, plongée dans le monde parallèle des adolescents de 12 à 17 ans à l'école secondaire. Après avoir plutôt bien vécu les deux premières semaines de cette immersion (avec le recul, je dirais plutôt "survécu") consacrées exclusivement aux répétitions de concerts de solistes, je tente de passer au travers d'une dizaine de jours de ces concerts intimistes.
Le plus éprouvant finalement dans l'histoire n'est pas tant la masse de répertoire survolé que les conditions dans lesquelles se déroulent ces concerts.
L'initiative est louable : faire jouer tous les élèves de la concentration musique en solistes devant leurs camarades de classe, tous supposés être musiciens et avoir de l'intérêt pour la musique. Jusque là, tout est beau et bon dans le meilleur des mondes. Mais c'est sans compter la difficulté que certains ont à composer avec la discipline, le respect d'autrui, de la musique, offrant une résistance notoire face à l'autorité.
Avec une certaine candeur, j'abordais l'expérience avec un réel optimisme (naïf) de musicienne. Le plaisir de partager... Je m'imaginais que la musique saurait ramener les plus réfractaires à un semblant de savoir-vivre, celui que tout bon éducateur rêve d'inculquer à une adolescence un peu dispersée.
Hier fut un jour spécial. Mon baptême du feu, en quelques sortes.
Lors du premier concert en matinée, avec les secondaires 4 (15-16 ans), l'attention était tellement diffuse dans la salle qu'il était quasi impossible pour un ado en pleine quête d'identité de se tenir droit sur la scène et d'assumer correctement le résultat de son travail (quand travail il y avait). Aussitôt monté sur l'estrade, ce sont des cris et des commentaires grossiers qui traversent la salle pour soit disant encourager le soliste du moment. Quand le copinage rime avec sabotage... L'attitude provocatrice et perturbatrice de certains meneurs entraîne le groupe dans une déroute
irrémédiable difficile à maîtriser. Je sentais le malaise de l'élève isolé sur la scène en proie aux railleries niaiseuses de ses soit-disants copains, contraint, pour ne pas s'isoler de la bande, à faire mine de ne pas croire à ce qu'il fait. Surtout ne pas avoir l'air sérieux ! Rire de ses erreurs, même la trompette dans la bouche... à en saboter presque sa propre prestation !
Où donc ai-je mis les pieds ?
J'ai trouvé l'expérience rude, pour les nerfs, et pour la concentration.
J'ai douté de l'efficacité, de l'intérêt et de l'utilité de l'exercice. Avoir consacré du temps à pratiquer avec chacun, y avoir consacré de l'énergie, avoir donné de moi un peu, beaucoup parfois, y laisser mon sommeil et un peu de ma santé, pour que tout ce travail soit balayé si facilement d'un revers de niaiseries et qu'il n'en reste rien, ou en tout cas rien d'immédiatement visible, c'est dur ! Dur pour les nerfs et dur pour le moral. J'étais découragée.
Le deuxième groupe, des secondaires 2 (13-14 ans), plus maîtrisable, a esquissé au début quelques tentatives d'indiscipline. Cette fois-ci, j'ai fait de la prévention : je suis intervenue, leur ai parlé dans l'cass'. Le silence a suivi. Ouf ! Soulagée... mais pour combien de temps ?
Aujourd'hui, j'ai accompagné d'autres groupes, ai vécu de beaux moments de musique avec les secondaires 5, ai eu du plaisir à encourager de vrais talents naissants parmi les secondaires 1 qui faisaient leurs premiers pas sur la scène... puis ai retrouvé la bande de sauvages de la veille qui semblait s'être calmée. J'ai compris que j'avais vécu hier ma pire journée.
J'ai aussi compris quelle chance immense j'ai dans la relation qui me lie à chacun de mes élèves à la maison : une relation personnelle, sereine, authentique et de confiance. Quel luxe formidable !
Demain, la suite. Ensuite, le bilan.
mardi 23 mars 2010
Categories: au jour le jour, pédagogie
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2 commentaires:
J'ai tellement eu l'impression de revivre mont avant-dernière expérience de concert à Ozias en lisant ton texte! Heureusement, la dernière fois, alors que les jeunes dans la salle y étaient sur une base volontaire, nous avons eu droit à un silence respectueux.
Bon courage!
Merci Lucie pour tes encouragements. Encore une semaine de ce régime !... avec en plus les concerts en soirée devant les parents, pour les plus motivés (mais ça, c'est moins pire). Je crois que je vais survivre. Je pense aux profs qui sont plongés au quotidien dans la fosse aux lions... C'est usant. Difficile de ne pas devenir cynique et désabusé, avec le temps.
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