Après le week-end symphonique de la semaine passée, la vie normale reprend son cours avec son lot d'activités ordinaires et quotidiennes.
J'ai commencé hier les répétitions avec les élèves du programme de Musique de l'école secondaire (programme appelé "Concentration Musique" *) en prévision des "Moments Intimes" qui auront lieu fin mars. Ces concerts-en-journée sont un petit défi pour chacun, parce que, pour la plupart, c'est la première fois qu'ils se produisent en soliste, et cela devant leurs camarades de classe. La pression est grande ! Certains n'ont pas un an de musique derrière eux. Des bébés ! D'autres ont accumulé cinq années de pratique avec des résultats plus ou moins heureux... Alors, jouer devant ses pairs sans avoir la pleine possession de ses moyens ni la maîtrise de son instrument et risquer de produire le meilleur comme le pire, imaginez !... à leur âge !... l'adolescence boutonnante et fleurissante... Pas facile de jouer devant les copains !
Ma tâche s'est considérablement allégée puisque, au lieu d'accompagner les deux cents élèves de la concentration, je n'en accompagnerai finalement qu'une centaine. Une centaine ! Rien qu'une centaine ! Ma pile de P.A.L. (Partitions À Lire) a cessé de croître, une petite brique qui ressemble plutôt à un parpaing bien tassé. Seulement une centaine ! Pfff !... La tâche me paraissait titanesque; elle me le paraît moins maintenant. Mais bon, soyons francs; elle requiert tout de même un semblant d'organisation... J'ai passé cette dernière semaine en réalité plus de temps à planifier les répétitions qu'à regarder les partitions. Maintenant rassurée sur la faisabilité de la chose (une centaine d'élèves, ce sont des heures à caser dans un tout petit agenda... mais ça rentre !), je peux me consacrer plus sereinement à mon travail de pianiste. Mon esprit moins préoccupé, mon travail sera plus efficace et mon humeur bien meilleure !
Le coup d'envoi est donc lancé pour un mois et demi de répétitions dont le rythme va considérablement s'intensifier dès le début du mois de mars.
Je suis dans ces séances à la fois le professeur et le complément, adulte et néanmoins complice, celui qui à la fois dirige et soutient, rassure et bouscule, guide et conseille. Certains s'affichent plus braves que d'autres en croyant tout connaître des concerts et des concours. Leur assurance me touche; ils ont encore tellement à apprendre... Je crois qu'ils sont en général sensibles à cette attention bienveillante qui leur est adressée, comme individu, isolé du troupeau, à l'écart de l'agitation collective, le temps d'une séance en duo, le temps d'un dialogue musical, mais pas seulement.
Ils sont souvent surpris de voir, d'entendre le piano donner du sens à la mélodie qu'ils rabâchent depuis des semaines. Durant ces quelques minutes, la musique parvient, dans ce dialogue sans mots, à offrir l'illusion d'une possible passerelle entre nos deux générations qui feignent de s'ignorer le reste du temps dans les couloirs bondés de l'école surpeuplée. Parfois, dans un élan d'enthousiasme, au moment de se quitter, ils échappent un "tu", écartant le "vous". Un embryon de relation qui aura malheureusement peu d'espace pour se développer...
Avec cela, je peux dire que, pour la première fois depuis quatre ans que j'enseigne et accompagne les élèves de cette école, je sens une empathie unanime à mon égard de la part de mes collègues
professeurs d'instruments qui semblent tous pleins de compassion (de pitié peut-être un peu aussi) pour moi en considérant la charge qui m'attend. J'entends leur reconnaissance et leur gratitude pour le travail que je fais avec leurs élèves. Leur aide précieuse dans l'organisation de tout cela, leurs "merci" réitérés sont de petits cadeaux surprises que je n'attends pas mais qui contribuent à donner du sens à ce que je fais.
Tous ces élèves méritent qu'on les encourage, méritent qu'on leur donne le meilleur pour qu'ils aient à leur tour envie de donner le meilleur d'eux-même. Tous, même ceux qui ne sauront pas voir.
J'ai douté de moi, souvent, et je doute encore. Souvent. Surtout les journées de concert ! Je sais cependant que s'il y a une chose que je sais faire, (à part le gâteau aux yaourt et la Charlotte au chocolat), c'est accompagner. J'ai ainsi du plaisir à soutenir ces jeunes dans leur progression, à participer modestement à leur cheminement personnel et musical. En espérant qu'ils garderont en mémoire le meilleur du souvenir.
* Le programme de Concentration Musique comprend des séances quotidiennes de pratique collective (orchestre d'harmonie) d'une part, et des cours individuels d'instruments (essentiellement à vent) d'autre part (20 cours par année). Ces cours sont inclus dans l'emploi du temps scolaire.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire