Au fond du jardin, installée sur la nouvelle table à pique-nique 100% bois d'épinette canadienne, je rédige mon premier compte-rendu de vacances.
Entre deux tranches de rénovations (Éric a décidé de faire une pause et de profiter de la vie), entre deux week-ends de travail (il travaille de nuit la fin de semaine), entre deux lundis de cours (j'ai parmi mes élèves quelques irréductibles qui ne me lâcheront pas comme ça durant l'été), entre deux "gigs" (je fais de temps en temps la pianiste tout-terrain dans mariages et réceptions), nous nous sommes échappés quelques jours du brouhaha urbain (en fond sonore estival : le ronronnement lointain de la route principale, le vrombissement choral des tondeuses à gazon, les cris hystériques des enfants dans la piscine du voisin...) pour nous réfugier quatre jours durant, à deux heures de la maison, dans le douillet cocon forestier du Parc du Mont-Tremblant.
Quatre jours durant, nous étions seuls, loin de presque tout, sur le bord d'un lac de montagne, à l'abri des grands arbres, accompagnés par les gazouillis quasi permanents des oiseaux chanteurs.
Quatre jours durant, nous avons campé "rustique" et pris un réel plaisir à cette quiétude qui fait oublier les petits inconvénients d'un confort tout de même spartiate.
Cela m'a replongée dans l'ambiance des longues randonnées que je faisais lorsque j'avais vingt ans, le sac au dos, parcourant les montagnes de Corse, des Alpes, des Pyrénées. Bien encadrés, nous partions en raid pour une semaine ou deux avec juste le nécessaire pour nous vêtir, pour nous nourrir, les ruisseaux pour nous
rafraîchir, les lacs pour nous divertir et le ciel étoilé pour nous abriter. De refuge en refuge, ces raids nous menaient dans les endroits les plus reculés, sur les cimes les plus élevées, inaccessibles aux non marcheurs, au coeur de la nature sauvage, loin de la civilisation.
Nos excursions durant ces quatre jours étaient moins ambitieuses qu'à l'époque de mes vingt ans, mais elles ont réveillé le souvenir de ces moments intensément gravés dans ma mémoire et le goût du plaisir dans les choses simples : s'endormir au bercement du souffle des arbres, se réveiller au concert des oiseaux, faire sa toilette les deux pieds dans un lac glacé, se réchauffer la nuit tombante auprès d'un feu de bois crépitant et ressentir l'euphorique impression d'avoir la nature entière pour soi. Soi, tout seul, au milieu de cette immense et magnifique nature.

Nous avons eu la chance d'avoir durant tout notre séjour un ciel clément, une température agréable et toujours ce silence enrobant qui nous est si cher.
Nous avons marché des heures durant, certains jours, fait du canotage-pique-nique, un autre jour, paressé aussi et réinventé des jeux de société pour occuper nos longues soirées avant que ne retombe la nuit.
Notre sentiment de solitude s'est un peu estompé le dernier jour lorsque, les vacances de la construction s'annonçant, de nouveaux voisins bruyants ont pris possession des lieux. Le silence rompu, il était temps pour nous de plier bagages et de revenir à la vraie vie.
Une petite transition par la route panoramique des Tremblantes, une pause gourmande à la terrasse d'un petit restaurant branché, une petite escale chez nos amis de St-Sauveur, Madile et Jean-Pierre, et nous étions à nouveau plongés dans les affres de la civilisation urbaine : traffic routier et traversée de Montréal, étapes douloureuses et nécessaires pour un retour à la vie ordinaire.
Aujourd'hui, samedi, nous apprécions le confort de notre maison, la compagnie discrète des deux minous et le bonheur d'être chez soi, dans son jardin, sous les grands arbres, avec le souvenir du silence. Bientôt une prochaine escapade...

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