vendredi 23 mai 2008

Posted by Marie Posted on 20:06:00 | 1 comment

petite soeur au Canada


Je me suis levée résidente permanente, je me coucherai Canadienne.
Grande et belle journée que cette journée de consécration où le Canada tout entier m'a accueillie dans ses bras généreux.
Je ne suis pas sûre de réaliser tout à fait... c'est étrange... je ne suis plus une immigrante en attente de reconnaissance; je suis UNE VRAIE CANADIENNE !!!

Récit d'une journée citoyenne.

4h00 du matin. Je ne dors plus.
Les réveils sonneront à 6h10 précise. Deux réveils valent mieux qu'un un jour comme celui-là.
Reste deux heures à dormir. Le soleil pointe déjà et la maison s'illumine peu à peu. Je resterai somnolente sans parvenir à retrouver le sommeil.
La journée sera longue.
J'étais convoquée à 8h15 à Montréal pour l'examen de connaissances sur le Canada, son histoire, sa géographie...

Assis sur des chaises d'écoliers, francophones d'un côté, anglophones de l'autre, nous attendions de passer notre test. La première étape qui consistait à écrire son nom sur le formulaire de réponse ainsi que son numéro "de client" aurait pu être tout à fait anodine, mais, associée à la tâche plus originale qui consistait à noircir des petits ronds dans des colonnes situées sous chaque lettre de notre nom sur une ligne correspondant au rang de la lettre dans l'alphabet, elle devenait une véritable épreuve pour nombre de candidats qui ont vraisemblablement eu de la difficulté comprendre les consignes dictées oralement. Peut-être le test de langue (français ou anglais) commençait-il à ce moment-là ?
Nous avions une demi-heure pour répondre à vingt questions à choix multiples du genre :

Qui a le droit de voter aux élections ?
a - les propriétaires
b - les immigrants reçus
c - les citoyens canadiens
d - les chefs d'entreprise

Quelles sont les langues officielles du Canada ?
a - l'espagnol et l'anglais
b - le français et l'italien
c - le québécois et l'anglais
d - le français et l'anglais

Bon, je vous jure, je n'exagère pas.
Parmi les vingt questions, deux nécessitaient des réponses correctes sous peine d'être éliminatoires. Je crois avoir fait un sans-fautes.

À l'issue de cette épreuve, nous nous rendions dans la grande salle de cérémonie. Chaque candidat allait être appelé à l'un des trois bureaux où trônaient trois agents du gouvernement. Pendant que nous attendions, nous percevions des bribes de conversation de candidats interrogés. L'attente fut longue car certains cas furent particulièrement litigieux et méritaient sans doute que l'on s'y attarde :
- un homme qui n'a pas déclaré tous ses voyages à l'étranger effectués avant sa demande de citoyenneté, trahi par son passeport... son dossier doit être réexaminé par un juge.
- un autre qui n'a pas déclaré d'emploi depuis son arrivée au Canada - depuis quatre ans, peut-être - éveille les soupçons du gouvernement...
- une femme dont les deux enfants sont nés au Canada - donc citoyens canadiens - a échoué à l'examen écrit et devra se représenter pour une entrevue orale...

9h40 : Quand ce fut mon tour, je me suis sentie bien limpide. L'agente me questionne sur mon métier, mes employeurs, mon domicile, mes allers-retours avec la France, compare les réponses que je lui fais aux déclarations faites par écrit lors de ma demande de citoyenneté et aux cachets des douanes accumulés dans les pages de mon passeport. Mes réponses semblent la satisfaire.

9h50 : Feu vert semble donné pour que me soit accordée la citoyenneté. En attendant la cérémonie officielle, je vais pouvoir retrouver Éric qui doit s'impatienter comme un chat prisonnier dans sa cage. Surprise ! Claudette est déjà là, envoyée en éclaireur par mes autres amis Florence, Louise et Normand qui patientent dans la voiture.

10h00 : une bonne heure pour aller prendre un café ! Selon le portier, la cérémonie ne débutera pas avant 11h00. Nous voilà partis à sillonner les rues désertes du centre ville administratif cernés de parkings et de béton nu à la recherche d'un refuge pour passer le temps, ensemble. Après enquête, j'ai trouvé un petit coin tranquille au deuxième étage d'un édifice apparemment désertique. Petite pause "muffin et café" au Café suprême de la tour Hilton.

11h00 : nous revenons dans le fief du gouvernement pour la cérémonie officielle. Surprise ! Mon amie Lucie est là !... attendant patiemment que je pointe mon nez. Ah... belles surprises que me réserve cette matinée !
Et puis, attente... longue attente... Heureusement que Claudette et Lucie ont de la jasette !

12H00 : on annonce le début de la cérémonie dans 5 minutes.
5 minutes gouvernementales valent bien plus que des minutes ordinaires...
Claudette commence à trépigner sur sa chaise et peste comme une vraie Québécoise contre le gouvernement fédéral.

Deuxième annonce, mouvement de foule : nous pénétrons dans la salle de la cérémonie. Entourée de ma gang d'amis impatients, je m'assieds au fond de la salle, au dernier rang, près du radiateur. À nous seuls nous occupons un rang entier... ou presque. Nous nous levons pour accueillir le juge, bedonnant et rougeoyant. Il esquisse quelques mimiques clownesques pendant le discours du greffier pour dérider les membres trop sérieux de l'assistance.
Après un petit mot d'introduction, en écho à sa grosse voix rocailleuse, nous prononçons tous ensemble le serment de citoyenneté. Soixante quinze immigrés provenant de 28 pays différents dont certains dont on ne soupçonne même pas l'existence. Parmi nous des familles entières ! En le temps de le dire, nous sommes tous proclamés Canadiens ! Applaudissements, sourires, émotion. Le juge nous félicite et nous appelle, l'un après l'autre, pour nous remettre le certificat de citoyenneté, la carte officielle de citoyen du Canada et un pin's (on dit "éplinglette", ici) du 60e anniversaire de la citoyenneté canadienne. Pour chacun, il a eu un petit mot discret, personnalisé.
"Mawie Mioulew !"... Je me lève et me dirige vers le juge, immédiatement suivie par Claudette, photographe de la minute officielle. Il me sert la main chaleureusement de sa grosse pattasse large et calleuse en me demandant d'un ton paternaliste : "Where are you from ?" "Euhhhh..."... "de Mont-Saint-Hilaire" ai-je failli lui répondre avant de me raviser avec un "de France !" davantage surprise par le sens de la question que par le choix de l'anglais pour me la poser.
Lorsque tous les certificats sont distribués, nouveaux Canadiens vibrants de notre nouveau statut accompagnés de la voix de nos invités, tous ensemble, nous entamons avec fierté, à l'unisson de la bande sonore : "Ô Caaaaanadaaaa ! Terrreuuu de nos aïeuuuuuux.... ".
Après quelques applaudissements, le juge conclut la cérémonie par un discours touchant témoignant de son histoire personnelle, lui-même fils d'immigrés, fier de son pays et de son rayonnement positif à travers le monde : "Le plus beau pays du monde !". "Désormais, VOUS ÊTES DES CANADIENS ! BIENVENUE DANS LA GRANDE FAMILLE DU CANADA !!!".
Échanges de poignées de main, embrassades, étreintes chaleureuses en signe de fraternité...
Clic-clac, merci Kodak. Le moment est immortalisé dans la bonne humeur générale et sous les applaudissements de mes fidèles supporters : Éric, Lucie, Florence, Claudette, Louise et Normand. "Ah ! Il y a de la parenté ici !?" avance le juge. Oui, c'est ma petite famille du Canada.

J'ai reçu ces jours-ci plein de petits signes d'encouragement, de soutien, d'affection de la part de mes amis québécois qui n'ont pas attendu le gouvernement pour m'adopter et de mes amis français qui ont jadis accepté de me laisser partir sous d'autres cieux. Merci à tous pour leur présence, leur ouverture, leur compréhension et leur fidélité !

Mes parents, mes vrais parents, eux-aussi étaient présents, à leur manière, malgré la distance... Ce beau bouquet ensoleillé reçu hier était un tendre signe de leur présence discrète, accompagnant l'ouverture de leur famille vers un nouveau monde...


Nous nous sommes retrouvés ensuite tous les sept pour marquer l'évènement au Commensal de la rue Sainte-Catherine, puis nous sommes dispersés pour reprendre le cours de nos vies respectives, avec un supplément de citoyenneté...

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1 commentaires:

Lucie a dit…

C'était tout à fait ça...
Et je peux témoigner que d'entonner l'O Canada n'a jamais eu autant de signification pour moi, la « pure laine »! (Il paraît qu'on n'a plus le droit de dire ça selon la commission Bouchard-Taylor mais, bon...)

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