Je l'ai reçue ! Je l'ai reçue ma convocation du gouvernement Canadien à l'examen de citoyenneté ! Le 23 mai prochain, je serai sur les bancs du bureau de citoyenneté pour répondre à une série de questions à choix multiples sur l'histoire, la géographie, le système politique et judiciaire et le fonctionnement des élections du Canada. Si je coche les bonnes cases (faut pas que je me trompe !), je serai admise comme citoyenne du Canada. Une cérémonie aura lieu le jour-même pour officialiser mon nouveau statut.
Toute émue d'une telle annonce, je suis moi-même étonnée de l'émotion que cet évènement suscite en moi subitement à l'approche du jour "J" alors que je ne considérais cela au départ que comme une formalité administrative. Je prends soudain conscience de l'impact de cette intronisation comme signe officiel de la reconnaissance d'un pays pour ses immigrants, reconnaissance de leur choix, reconnaissance du long parcours qui les a menés jusque là et leur a donné envie d'y rester. C'est une célébration hautement symbolique qui marque l'aboutissement de la longue aventure qu'est l'immigration. Sa consécration.
Cependant, mes amis québécois me font bien comprendre qu'il n'était pas nécessaire de me livrer à ce folklore canadien pour qu'ils me reconnaissent et m'admettent parmi eux comme faisant partie des leurs. Leurs petits témoignages d'adoption me touchent beaucoup et participent, depuis le début, largement et heureusement à la réussite de mon intégration.
Le Québec reconnaît ses immigrants comme Québécois à part entière dès lors qu'ils ont choisi de vivre sur son territoire. Mais cette reconnaissance, si elle donne presque tous les droits (assurance maladie, assurance chômage, assurance de payer des impôts…) ne donne pas le droit de vote. Pour voter au Québec, il faut obtenir le statut de citoyen CANADIEN. L'examen de citoyenneté est donc un passage obligé pour obtenir le droit de faire entendre sa voix, aussi petite soit-elle.
Si ce point de vue est assez acceptable du point de vue de l’immigrant (choisi par le Québec, accepté par le Canada), il l’est beaucoup moins du point de vue du Québécois indépendantiste (on dit : "souverainiste") qui conteste à la base le principe-même que le Canada décide du sort des Québécois.

Le Canada est un énorme pays qui réunit des provinces aux intérêts très disparates, parfois si divergents qu’il semble parfois bien difficile de satisfaire des préoccupations respectives aussi diverses. Le Québec, îlot francophone au milieu d’un océan anglophone, se sent à part. Il réclame depuis des décennies son indépendance pour avoir enfin le droit de décider pour lui-même, par lui-même. Le sujet est assez sensible… Lancez le débat de l'indépendance dans un party entre amis, la chicane va pogner. Demandez à un souverainiste ce qu'il pense du Canada, il se mettra à sacrer aussitôt comme un charretier...
En ce qui concerne les procédures-mêmes de l’obtention de la citoyenneté, elles sont à la fois tout à fait louables sous certains aspects et assez contestables sous d’autres.
L’examen en lui-même est un concept intéressant. Il oblige les candidats à posséder un minimum de connaissances sur le pays d’accueil : son histoire, sa géographie, son économie, ses valeurs, son système politique, le fonctionnement électoral… C’est une culture générale que chaque citoyen devrait posséder, quelque soit le pays. La chose serait applicable pour n'importe quel pays civilisé quoi que tout de même plus ardue au niveau historique pour un vieux pays comme la France dont l'histoire remplit des dizaines de pages (des centaines...) dans les manuels scolaires. L’histoire du Canada, elle, se résume pour les grandes lignes en deux pages dans le manuel du gouvernement.
Après l'examen, la cérémonie officielle rend le moment très solennel et, je le crois, très émouvant, en particulier pour les immigrés provenant de pays en crise, sous régime autoritaire voire dictatorial, qui trouvent dans le Canada leur refuge et leur salut. Je trouve formidable qu’un pays permette ainsi à ses immigrants d’adopter une nouvelle nationalité, de la choisir sans avoir de surcroît à renoncer à leur nationalité d’origine (sauf exception pour la Belgique ou la Suisse qui obligent à faire un choix). En devenant Canadienne, je resterai donc Française. Française ET Canadienne. N’est-ce pas merveilleux ?
Mais toute belle médaille a son revers. Le Canada est un pays démocratique… dirigé par une Reine ! Qui plus est, la Reine D’ANGLETERRE !!! Pour officialiser son nouveau statut, le nouveau citoyen doit prononcer lors de la cérémonie le « serment d’allégeance à la Reine » qui fait hurler les Québécois. C’est un des nombreux paradoxes du Canada. Pour avoir le droit de voter, je vais donc devoir prononcer ces mots, comme une athée que l’on obligerait à dire le Notre-Père, en me pinçant le nez et en attendant que ça passe...
« Je jure fidélité et sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Élizabeth Deux, Reine du Canada, à ses héritiers et successeurs et je jure d’observer fidèlement les lois du Canada et de remplir loyalement mes obligations de citoyen canadien. »
Voilà les mots en question. Je vous vois sourire... De plaisir ou de compassion ? Tout le monde s’accorde à dire que c’est tout de même aberrant de demander aux immigrants de prononcer ce serment qu’aucun Québécois de souche n’a jamais prononcé ni eu à prononcer de sa vie. C’est obliger les immigrants à être plus royalistes que le roi ! Parmi les députés québécois récemment élus au Canada, qui ont eu à prononcer publiquement un discours similaire, certains en ont bafouillé gravement...
Et pour finir, nous entamerons en chœur et avec ferveur le célèbre hymne national : Ô Canada. Quel sens donner à un hymne sinon celui de l'évènement qui l'accompagne ? Je n'ai jamais vraiment vibré en entendant La Marseillaise, encore moins en la chantant, pour le peu que j'ai eu à le faire... Tout au plus m'a-t-elle aidée au cours de ma vie de musicienne à reconnaître l'intervalle de quarte ascendante (tiens, je pourrais me servir de Ô Canada pour la tierce mineure...). Définitivement, on ne fera pas de moi une patriote.
Cependant, j'avoue que si l'on m'avait donné le choix entre l'hymne québécois et l'hymne canadien, j'aurais choisi celui du Québec, province que j'ai choisie. Mais seulement voilà, cet hymne n'existe pas. Pas encore. Parce que le Québec "ce n'est pas un pays, c'est l'hiver !"... Alors, définitivement, Ô Canada, parce qu'il accompagnera le couronnement de mon immigration, aura pour moi ce jour-là la charge émotionnelle du long processus qui m'a menée jusque là.
En attendant le jour "J", je révise mes leçons. Éric m'interroge le soir, sur l'oreiller, en s'étonnant parfois des réponses dictées par le manuel fourni par le gouvernement... Et je frétille d'impatience en entonnant "Ôôôôô Caaaanadaaaa, Terrreuuuu de mes aïeuuuuux" sous la douche pour en assimiler les paroles. En français, pas en anglais ! Parce que je reste profondément francophone dans l'âme, malgré tout.
Pour vous mettre dans l'ambiance, voici un petit film qui fera vibrer plus d'un néo-Canadien, diffusé chaque matin à l'ouverture de la chaîne télévisée nationale de Radio-Canada. On y survole à grands traits le Canada d'Ouest en Est, d'un océan à l'autre. En fin de parcours, on y reconnaît le Québec dont on aperçoit furtivement successivement le Saint-Laurent, le Mont-Royal, la biosphère et le vieux port de Montréal, les cabanes à sucre, le Château Frontenac, le rocher percé, les Îles de la Madeleine et le ciel bleu de mes jours heureux... Si mon nouveau pays me reconnaît, moi aussi je le reconnais.
3 commentaires:
Ah! Enfin! tu es de retour sur la toile... si je ne suis pas venue me cogner le nez à ta porte avant, c'est que je te suivais de l'oeil dans mon agrégateur!
Super le truc de la tierce mineure pour le O Canada, j'adopte! ;-)
Hé ! Un "agrégateur" ! Kessédonsa ???
Un logiciel qui te permet de « surveiller » tes sites préférés sans avoir nécessairement besoin de les visiter. Il t'informe des changements apportés. ;-)
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