samedi 27 octobre 2007

Posted by Marie Posted on 20:30:00 | 2 comments

ce que la petite voix a dit




Tout a commencé (en apparence seulement) au mois de décembre 2006. Scrutant la saison à venir sans avoir de projet musical en vue, un peu découragée de ne pas recevoir de sollicitations extérieures, j'avais hâte de voir enfin germer les nombreuses graines que j'avais semées depuis que je suis ici, au Québec. Il faut dire que je me réveillais d'un long sommeil pianistique imposé par la première tranche de rénovations de la maison récemment acquise avec une petite blessure à la main inquiétante pour une pianiste qui freinait aussi un peu mon ardeur à la tache.

Je rêvais de pouvoir me glisser dans un projet d'envergure, au milieu d'autres musiciens aussi allumés que moi, et pourquoi pas avec des comédiens et danseurs créatifs et passionnés. C'est un monde que je connais bien. J'ai bien tenté quelques incursions comme accompagnatrice, auprès des institutions existantes. Les places sont chères et bien gardées. J'ai espéré trouver aux alentours quelque collaboration professionnelle enrichissante et stimulante mais point de collaboration en vue, pas qui me donne l'impression d'un véritable échange, en tout cas. Il est difficile de trouver la place idéale quand on est nouvelle sur le territoire.

Devant ce vide grandissant et cette immense solitude du pianiste de fond devenu trop exigent (voire intransigeant) dans un hiver menaçant, je commençais doucement à déprimer.

Il me fallait un projet.

Pas un petit projet ponctuel et médiocre pour combler une petite insatisfaction passagère. Non! Un VRAI projet qui occupe toutes mes années à venir, un défi de taille à relever qui m'offrirait de nouvelles possibilités de rentrer en contact avec le monde alentours en acceptant un statut différent peut-être, un statut d'amateur - aussi éclairé puisse-t-il être - plus tolérant avec soi comme avec les autres, avec comme principale préoccupation celui de progresser, encore et toujours.

Je recueille chaque semaine les confidences de mes élèves. Parmi les adultes, presque toutes m'ont avoué dès le premier cours avoir toujours rêvé faire du piano. Et moi de les encourager à réaliser leur rêve, de les convaincre que c'est possible, de les accompagner sur leur chemin de débutante, à leur tenir la main pour qu'elles réalisent leurs premiers pas, premiers pas sur le clavier et premiers pas dans le monde gigantesque de la musique !

Combien de fois leur ai-je dit mon admiration pour ce qu'elles ont entrepris en choisissant de réaliser leur rêve !... Quelque part, je les enviais d'avoir cette volonté, cette ténacité.

Un jour de décembre, tendant l'oreille vers ma petite voix intérieure, sous la douche (c'est toujours là que les communications passent le mieux) j'entendis un "j'aurais rêvé...".

"T'aurais rêvé quoi ?
- J'aurais rêvé faire du violoncelle.
- Ben quoi? Tu n'en rêves plus?
- Ben euh... si.
- Alors arrête de rêver et fais le.
- Ben euh... c'est à dire que...
- Allez, exécution !"

Eh oui. Pourquoi pas ? Pas d'excuse valable pour ne pas faire ce dont je rêve. J'ai du temps. Pas d'enfant. Pas de contraintes. Ne me suis-je pas dit des dizaines de fois : "Si je n'avais pas fait du piano, j'aurais fait du violoncelle." ? Chaque fois que je les croisais, je regardais les violoncellistes avec envie. J'aurais tant aimé...
Et pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? Parce qu'en France je ressentais la pression du contexte comme une obligation d'hyper-spécialisation. Je n'aurais jamais osé me pervertir à jouer d'un autre instrument que celui pour lequel j'avais été formée depuis l'enfance, celui auquel mon image était définitivement rattachée et dont l'expérience me garantissait une certaine crédibilité sur le marché du travail. Et puis, pourquoi pratiquer deux instruments alors que je ne me sentais déjà pas à la hauteur avec un seul ? À quoi bon exprimer un rêve si ce n'est que pour en afficher le regret ?

Le paysage québécois est en cela bien différent. Il n'est pas rare ici de voir les gens supporter professionnellement deux ou trois casquettes différentes. Leur compétence dans chaque discipline n'en est pas moins bonne pour autant et leur expérience est d'autant plus riche que leurs activités sont différentes. Ceci est admis. Sans jugement. C'est normal. Jouer d'un deuxième instrument, a fortiori "juste pour le plaisir", dans ce contexte où la polyvalence est une qualité, n'est que très banal, après tout.

Alors, pourquoi pas moi ? J'ai des années devant moi. C'est maintenant que se préparent mes vieux jours : je ne veux pas mourir avec le regret de n'avoir pas réalisé un vieux rêve enfoui. J'ai pris mon auto et suis allée louer un violoncelle chez un luthier de campagne, en contre plaqué (le violoncelle, pas le luthier). Mon amie Suzanne, violoncelliste ET violoniste, m'avait bien proposé de me prêter le sien de bien meilleure qualité (elle en avait deux), mais je le trouvais beaucoup trop beau pour moi. Lorsque je suis allée la visiter pour une petite séance de conseils elle a eu tellement pitié de moi avec mon violoncelle de bazar (c'est vrai qu'il faisait dur) qu'elle m'a presque obligée à repartir avec son beau violoncelle sous le bras (merci, Suzanne !).

Depuis, j'ai travaillé avec comme une acharnée, deux ou trois heures par jour, tellement avide de progresser, impatiente d'apprendre à maîtriser la bête, déterminée, constante et disciplinée, tenace et entêtée, encouragée par Suzanne d'une part et supervisée par Nathalie, mon professeur par intermittence d'autre part (merci, Nathalie). Finalement, Nathalie semble trouver que je m'auto-enseigne très bien toute seule...

Au bout de neuf mois (tout une gestation !), après quelques hésitations et une visite chez le luthier (celui de la ville cette fois-ci), j'ai adopté le violoncelle de Suzanne (Waldo) et nous formons depuis une bonne équipe.

J'ai fait en octobre mon entrée dans l'orchestre d'une école de violon tout près de la maison. C'était mon premier objectif. Je suis très fière d'avoir relevé ce premier défi.
Je continue de pratiquer, chaque jour, et chaque jour je fais un petit pas. La plupart du temps, je ne parviens à m'en détacher que par épuisement. La corne me vient au bout des doigts. La route est longue mais le paysage est magnifique.

Dans dix ans, je serai bonne.
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2 commentaires:

Lucie a dit…

Il faut toujours avoir la sagesse (ou la folie) d'écouter ses rêves!

Superbes illustrations en passant! J'adore ce piano qu'on peut prendre à bras le corps!

Marie a dit…

"Dans dix ans, je serai bonne."... et dans dix ans, je jouerai la Sonate en mi m de Brahms avec Lucie au piano !

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