Mon amie Lucie lance une invitation à tous ses amis : elle leur a demandé de lui faire part de la musique qui les représente le mieux afin de réaliser sur
son blog une exposition virtuelle de ces auto-portraits musicaux (en ligne à partir du 14 février).
Diable ! quelle tâche difficile que d'essayer de se décrire en musique. Quelle difficulté redoutable que de choisir LA musique qui nous représente le mieux.
Mais voilà un bien bel exercice de synthèse introspective auquel je ne saurais me dérober, amie de Lucie et musicienne.
Je me suis donc prêtée au jeu.
Devant l'immensité des choix possibles, j'essaye de remonter à l'essentiel. Ne réussissant pas à trancher, à défaut de choisir UNE musique, j'en choisirai QUATRE.
Mon portrait musical en trois dimensionsLe choix du titre
Je commencerai par celle qui me touche le plus "en surface", celle qui pourrait faire office malgré cela de chanson emblématique, douce et tendre, parce qu'elle porte le même nom que moi et que ce sont souvent les premiers mots qui viennent à la bouche de ceux qui m'accueillent.
Francis Cabrel - Petite Marie (lien obsolète)
Ces passions qui me hantent
La seconde est la musique - je devrais dire "l'interprétation" - qui sans hésitation m'émeut le plus profondément, viscéralement, parce qu'elle réveille en moi le souvenir de la danseuse et le désir de la violoncelliste, réunissant les deux passions qui m'habitent, l'une en sommeil depuis le jour où j'ai quitté la France : le tango, l'autre en éveil, depuis le jour où j'ai commencé le violoncelle. Toute en intériorité, intensément passionnée, d'une passion contenue qui dévore de l'intérieur et fait oublier tout le reste.
Oblivion de Piazzolla, par le Rastrelli cello quartett
Mon "remonte-pente"
Mon troisième choix est celui d'une musique que je pourrais qualifier pour moi de fondatrice, parce qu'elle m'accompagne depuis presque toujours. Plus qu'une musique, c'est un album entier. J'avais 12 ans lorsque je l'ai découvert. Je l'écoutais sur une cassette que m'avait confiée une amie. Je ne connaissais rien de ce groupe. Je ne comprenais pas les paroles. Le langage y était parfois un peu obscur. Mais cela n'avait pas grande importance. Sa musique me touchait profondément. Je l'ai écoutée en boucle, des années durant. Plus tard, je me suis procuré le vinyle, puis le CD.

Le titre de l'album :
Si on avait besoin d'une cinquième saisonLe groupe :
Harmonium.
Extrait :
Harmonium - Histoires sans paroles (lien obsolète)Depuis, les jours de déprime (oui, oui, ça m'arrive de temps en temps...) je mets le CD dans le lecteur, branche la sono à fond, enfile mon tablier de cuisine et mets les main dans la farine. Progressivement, inscidieusement, en 45 minutes, pâtisserie et musique exercent sur moi un effet mystérieusement thérapeutique, un cocktail musico-créatif qui guérit mes bobos de l'âme avec une efficacité redoutable jamais égalée, me ramène à l'essentiel, appaise et stimule en même temps, rallume la lumière là où elle vascillait, me rend la vie plus légère et réveille ma gourmandise.
Totalement imprégnée de cet univers, j'ai découvert progressivement les autres albums du groupe qui ont exercé sur moi le même bouleversement.
Arrivée au Québec, j'ai découvert qu'il s'agissait du groupe emblématique - s'il en est - de toute une génération. Je ne peux m'empêcher de voir dans ma fascination lointaine pour un groupe dont j'ai longtemps ignoré qu'il était québécois un signe : il n'y a sans doute pas de hasard à ce que je me trouve aujourd'hui dans ce pays dont j'ignorais autrefois jusqu'à l'existence. De là à penser que j'ai trouvé en le Québec un antidote à la déprime, il n'y a qu'un pas. Vive le Québec !
Mon choix intime
Et puis, pour finir, en tant qu'interprète, comment ne pas évoquer ces musiques qui nous accompagnent toute la vie avec lesquelles nous entretenons un lien secret, leit-motivs rassurants qui viennent combler le vide menaçant lorsque les émotions à vivre sont trop fortes pour être tues, lorsque les mots ne suffisent plus à exprimer la douleur ressentie profondément, ces musiques qui continuent de vivre en nous, de mûrir en nous, même lorsqu'on ne les joue pas, parce qu'au fond elles font partie de nous et nous aimons nous retrouver seuls avec elles, secrètement, intimement. Assis devant le piano, posant les mains sur le clavier, la musique jaillit soudain comme une partie de nous-même qui émerge au grand jour du monde sonore.
Je n'avais pas d'enregistrement disponible. Je me suis donc prêtée ce matin au jeu de l'enregistrement avec la conscience que mon interprétation du moment, un dimanche matin, en pyjama, les mains toutes froides s'arrangeant des caprices d'un clavier numérique, la partie idéaliste de moi-même obéissant à la décision autoritaire de l'autre partie plus réaliste de ne pas céder à la tentation du montage et des reprisages sans fin pour atteindre la perfection rêvée... Je vous livre donc ici le fruit de ce moment d'intimité, là, tout simplement, brut, sincère et spontané, en espérant recueillir toute votre indulgence...
Brahms Intermezzo Op.118 N°2 - Marie, 11h36 un dimanche matin (lien obsolète)
Ces musiques ne sont sans doute pas celles que d'autres auraient choisies pour me décrire. D'ailleurs, celles que je choisis aujourd'hui ne sont peut-être pas non plus celles que je choisirais demain...
Et vous, comment vous décririez-vous ?