vendredi 16 octobre 2009
Après quinze jours de retrouvailles inédites d'une mère avec sa fille, son unique, dans un autre lieu que le sien, loin de chez elle, loin de son pays, loin de ses repères, loin de son histoire, mais proche de sa fille...
Hier, maman est repartie. Après avoir essayé en vain d'imaginer durant les six dernières années cet ailleurs inconnu, elle a découvert avec avidité le théâtre de ma nouvelle vie, ses décors, ses personnages, se laissant immerger durant quinze jours dans cet océan de nouveauté, avec étonnement et surprise parfois mais toujours avec une curiosité intense vis-à-vis d'une culture toute locale, absorbant le décalage horaire sans vouloir y accorder trop d'importance mais toutefois légèrement réfractaire aux accents d'un langage trop pittoresque.
Hier, maman est repartie avec l'envie de repeindre sa maison, de semer des graines dans son jardin, un supplément de bagage, les nuits pleines de rêves, les valises pleines de petits objets, le souvenir plein de belles images d'un pays encore si jeune noyé dans une nature encore éblouissante de beauté.
Hier, maman est repartie. Séparation toujours déchirante mais chargée cette fois-ci d'une expérience nouvelle. En quittant le Québec, elle fermait une parenthèse, parenthèse du voyage, de la découverte, du changement, de l'insouciance, de la légèreté. Parenthèse à saveur d'éternité. Elle laissait derrière elle un pays qui ne lui sera désormais plus tout à fait étrange, un univers plus tout à fait étranger, cet ailleurs autrefois mystérieux, énigmatique et redouté devenu soudain presque séduisant et peut-être même familier. Désormais, elle pourra m'imaginer vivant ici dans ce quotidien paisible et chaleureux et peut-être comprendre pourquoi il en est ainsi.
Hier, maman est repartie, avec la conviction qu'il y aura une autre fois, forcément.
mardi 29 septembre 2009
J'ai cru que ça n'arriverait pas. Que ça n'arriverait jamais. Mais quand la distance est trop grande, que le temps ne s'écoule plus assez vite entre deux visites, l'envie de se rapprocher devient trop grande et l'urgence bien trop pressante. Elle quittera l'Alsace pour s'envoler vers le Québec.
Demain, maman sera là.
Je compte les dodos depuis qu'elle a pris son billet, en espérant que rien n'arrive pour empêcher son départ. Les deux dernières années ont été éprouvantes, pour elle, pour lui, pour tous ceux qui les entourent. Un moment de répit et un regain d'énergie lui donnent les ailes qu'elle n'avait su saisir auparavant.
Demain, maman sera là.
Elle sera comme un magnifique cadeau d'anniversaire (un peu en retard, mais quand même) dans mon bel automne québécois, emballé dans sa petite laine de saison et toute décalée dans ce grand pays inconnu. Non ! Le Québec n'est pas si grand qu'on si perde immanquablement... Je te servirai de guide, maman.
Demain, maman sera là.
Elle découvrira enfin ce qui fait ma vie depuis six ans déjà : mon univers fait de ces lieux, de ces gens que je côtoie régulièrement. Et l'automne ! Le bel automne coloré...
Demain, maman sera là.
Je m'apprête à vivre ce que chaque enfant espère vivre un jour (pour peu qu'il ait grandi en famille et que celle-ci ait été nombreuse) : avoir ma manman POUR MOI TOUTE SEULE ! PENDANT QUINZE JOURS !!! C'est pas un beau cadeau, ça ?
Demain, maman sera là.
Et je suis tout excitée.
samedi 22 août 2009
Cette semaine, grosse échappée vers le Nord pour rejoindre les rives du Lac Saint-Jean, à 500 Km de Montréal. Une mer d'eau douce au milieu des terres, un réservoir d'eau mouvante qui alimente le Saguenay, la grosse rivière qui donne son nom à la région qu'elle traverse. Lors de précédentes visites, nous nous étions limités à la face la plus visible de la région, immédiate et sans surprises. Cette fois-ci, nous avons pris le temps de nous arrêter et emprunté les chemins de traverse, exploré les coins et les recoins de la campagne reculée, découvert des aspects plus discrets, secrets, insoupçonnés de ce décor exceptionnel.
Tout d'abord, extase de la baignade quotidienne sur une des plus belles plages de la région ! Le lac Saint-Jean n'est pas un lac de montagne, mais l'eau y est aussi douce, fraîche et vivifiante. On
y entre en tâtant timidement la température de l'eau. Les pieds saisis par le froid, on y risque une avancée jusqu'aux genoux. Puis, par étapes, on se laisse tenter par un peu plus, un peu plus haut, le souffle coupé lorsque le niveau de l'eau gagne la taille, atteint la poitrine... Dans un élan de vaillance, c'est l'immersion totale ! Le vrai bonheur est là. Le froid ne fait plus mal. Le corps se détend. Les courants chauds alternent avec les courants froids. La baignade sera de courte durée.
Durant cinq jours, entre deux trempettes, nous avons alterné les petits plaisirs :
nous avons marché en montagne, au milieu des forêts touffues et des chutes d'eau, ...
vu de l'eau, beaucoup d'eau !...
pédalé sur une ravissante section de la Véloroute des Bleuets, piste cyclable qui fait le tour du lac en 256 Km, ...

marché le long de la plage, les doigts de pieds dans le sable mouillé, à la recherche de jolis cailloux, ...
cueilli des petits fruits :
framboises dans un chemin isolé, ...
bleuets dans une immense bleuetière de la région (14 livres de récolte, quand même !)...
dialogué avec les petites bêtes, ...
parcouru des kilomètres pour tenter de nous perdre dans les rangs de l'arrière pays vallonné...

et attendu chaque soir que le soleil se couche.

dimanche 9 août 2009
jeudi 6 août 2009
Paris-Montréal : 6 août 2003
Au-dessus de l'Atlantique, suspendue entre deux continents, entre deux vies. Les lumières de l'avion éteintes, les cache-hublots baissés, c'était l'heure de Fanfan la tulipe projeté silencieusement sur les écrans de l'Airbus. Tel un sas entre deux mondes plus irréels l'un que l'autre, l'intérieur de l'avion ne résonnait plus que du bruit du vent dans les ailes et devenait pour moi le terrain propice à une retraite éphémère d'où jaillît soudain la conscience d'un nouveau départ, d'une nouvelle vie, où tout était possible. Le silence et l'obscurité révélant soudain toute la solennité du moment, je rentrais en immigration comme on entre en introspection. Seule. Seule avec moi-même. Seule en moi-même. Seule face à moi-même. Vertige du libre arbitre qui défie la notion de destin et vous rend irrémédiablement seul face à l'immensité des possibles.
C'est là, à cet instant, suspendue entre deux continents, entre deux vies, c'est là que tout bascule. Et le Monde n'en sait rien.
Douloureuse euphorie qui vous bouleverse intérieurement, secrètement, de ne pouvoir partager avec quiconque la délirante intensité de l'instant présent.
Ce jour-là, je me rendais sur la terre que je m'étais promise. À mi-chemin de mon projet. Entre deux vies. Entre deux pages. Celle déjà tournée et une autre qu’il restait à écrire. Celle d'une vie en solitaire et celle d'une autre à vivre à deux.
C'était il y a 6 ans. 6 ans bâtis, une pierre à la fois (à la foi), au jour le jour, avec la présence et le soutien constant d'Éric qui m'a grand-ouvert les portes de sa maison, de sa vie, de son coeur.
L'accompagnement lointain et parfois silencieux mais toujours affectueux de mes amis et de mes parents restés là-bas, une détermination toute personnelle à aller au devant du monde lorsque le jeu en vaut la chandelle et l'accueil chaleureux de tous ceux qui m'ont acceptée ici parmi leurs amis, tout cela m'a donné la force d'y croître et d'y plonger mes racines.
Le temps a donné raison à mes rêves, à confirmé mes choix.
Il fallait le faire. Je l'ai fait. Et je n'en reviens toujours pas !
samedi 18 juillet 2009
Au fond du jardin, installée sur la nouvelle table à pique-nique 100% bois d'épinette canadienne, je rédige mon premier compte-rendu de vacances.
Entre deux tranches de rénovations (Éric a décidé de faire une pause et de profiter de la vie), entre deux week-ends de travail (il travaille de nuit la fin de semaine), entre deux lundis de cours (j'ai parmi mes élèves quelques irréductibles qui ne me lâcheront pas comme ça durant l'été), entre deux "gigs" (je fais de temps en temps la pianiste tout-terrain dans mariages et réceptions), nous nous sommes échappés quelques jours du brouhaha urbain (en fond sonore estival : le ronronnement lointain de la route principale, le vrombissement choral des tondeuses à gazon, les cris hystériques des enfants dans la piscine du voisin...) pour nous réfugier quatre jours durant, à deux heures de la maison, dans le douillet cocon forestier du Parc du Mont-Tremblant.
Quatre jours durant, nous étions seuls, loin de presque tout, sur le bord d'un lac de montagne, à l'abri des grands arbres, accompagnés par les gazouillis quasi permanents des oiseaux chanteurs.
Quatre jours durant, nous avons campé "rustique" et pris un réel plaisir à cette quiétude qui fait oublier les petits inconvénients d'un confort tout de même spartiate.
Cela m'a replongée dans l'ambiance des longues randonnées que je faisais lorsque j'avais vingt ans, le sac au dos, parcourant les montagnes de Corse, des Alpes, des Pyrénées. Bien encadrés, nous partions en raid pour une semaine ou deux avec juste le nécessaire pour nous vêtir, pour nous nourrir, les ruisseaux pour nous
rafraîchir, les lacs pour nous divertir et le ciel étoilé pour nous abriter. De refuge en refuge, ces raids nous menaient dans les endroits les plus reculés, sur les cimes les plus élevées, inaccessibles aux non marcheurs, au coeur de la nature sauvage, loin de la civilisation.
Nos excursions durant ces quatre jours étaient moins ambitieuses qu'à l'époque de mes vingt ans, mais elles ont réveillé le souvenir de ces moments intensément gravés dans ma mémoire et le goût du plaisir dans les choses simples : s'endormir au bercement du souffle des arbres, se réveiller au concert des oiseaux, faire sa toilette les deux pieds dans un lac glacé, se réchauffer la nuit tombante auprès d'un feu de bois crépitant et ressentir l'euphorique impression d'avoir la nature entière pour soi. Soi, tout seul, au milieu de cette immense et magnifique nature.

Nous avons eu la chance d'avoir durant tout notre séjour un ciel clément, une température agréable et toujours ce silence enrobant qui nous est si cher.
Nous avons marché des heures durant, certains jours, fait du canotage-pique-nique, un autre jour, paressé aussi et réinventé des jeux de société pour occuper nos longues soirées avant que ne retombe la nuit.
Notre sentiment de solitude s'est un peu estompé le dernier jour lorsque, les vacances de la construction s'annonçant, de nouveaux voisins bruyants ont pris possession des lieux. Le silence rompu, il était temps pour nous de plier bagages et de revenir à la vraie vie.
Une petite transition par la route panoramique des Tremblantes, une pause gourmande à la terrasse d'un petit restaurant branché, une petite escale chez nos amis de St-Sauveur, Madile et Jean-Pierre, et nous étions à nouveau plongés dans les affres de la civilisation urbaine : traffic routier et traversée de Montréal, étapes douloureuses et nécessaires pour un retour à la vie ordinaire.
Aujourd'hui, samedi, nous apprécions le confort de notre maison, la compagnie discrète des deux minous et le bonheur d'être chez soi, dans son jardin, sous les grands arbres, avec le souvenir du silence. Bientôt une prochaine escapade...


































