Depuis un an que je m'y consacre deux ou trois heures par jour, ma passion soudaine pour le violoncelle n'est pas sans surprendre certains, surtout ceux qui m'ont toujours connue sous mon identité de pianiste.
L'un de mes amis me demandait encore cette semaine : « Pourquoi le violoncelle ? ». Pour faire une histoire courte, j'aurais pu répondre : « Parce que ». Mais bon, je doute que cette réponse l'eût satisfait. Il doit bien y avoir une raison, après tout. Même s'il est difficile de justifier une passion, j'ai tout de même tenté de trouver une réponse à sa question sans savoir réellement dans quoi je m'embarquais. Je vous livre ici la réponse du moment.
Pourquoi le violoncelle… Il s’agit sans doute de l'expression d'une certaine frustration de pianiste. Il y a dans le violoncelle une dimension que je ne trouve pas dans le piano et que j’ai tenté autrefois de trouver dans le chant (sans grand succès, je dois l'avouer) et qui quelque part devait me manquer. Je veux parler de la durée, la possibilité de faire vibrer le son, de l’amplifier ou de le diminuer, en un mot : de le faire vivre. Alors qu’au piano il meurt irrémédiablement après chaque attaque, même si, avec l’expérience et le savoir-faire, un peu d'artifice et d'habileté, on parvient à faire croire le contraire.
Il y a aussi pour moi le défi que représente la quête de... la justesse. Les pianistes ont la fâcheuse réputation (surtout auprès des cordes) d’avoir une oreille TRÈS paresseuse. J’avais sans doute envie de prouver le contraire et de me confronter à ces soi-disant limites de pianiste. Force est de constater que mon oreille - déjà pas si pire auparavant - s’affine avec le temps, sensiblement.
J'ai bien conscience que la quête de la sacro-sainte justesse est l'affaire de toute une vie. Quand bien même on croit la posséder, on s'aperçoit que le voisin n'a pas la même... Cela dit, c'est comme la vérité : ce n'est pas parce que la majorité dit la vérité qu'elle a forcément raison... Il n'y a pas UNE justesse, mais DES justesses... suivant la tension expressive de la phrase, suivant l'harmonie qui la sous-tend, suivant que l'on joue seul, avec d'autres cordes ou avec un piano... Bref, la justesse est le Saint-Graal des instrumentistes à cordes. Une leçon d'humilité pour qui l'approche et espère un jour la posséder.
Et puis, j’avais envie de pénétrer le microcosme de l’orchestre, de m’immiscer dans les rangs des basses et de connaître la vie de la gang d’instrumentistes potaches qui s’affairent sous la direction d’un chef tentant vaillamment de rassembler toutes ces énergies.
Depuis toujours, chaque fois que je rencontrais et accompagnais des violoncellistes, je me disais secrètement que « si je n’avais pas fait du piano, j’aurais fait du violoncelle ». Combien de fois me suis-je entendu dire à mes élèves pianistes adultes et débutants qu’ "il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves", et non seulement il n’est jamais trop tard mais IL FAUT les réaliser, pour ne pas avoir à les regretter lorsqu'il sera vraiment trop tard...
À l’aube de la quarantaine, j’avais besoin d’un projet de taille, un projet à long terme... pour les quarante prochaines années ! Un projet qui vaille la peine. Un projet de vie. De vie... musicale ! La petite voix a parlé un peu plus fort. Elle m'a soufflé à l'oreille qu’il fallait cesser de faire la morale aux autres et peut-être commencer par appliquer à soi-même les conseils que l'on prodigue à autrui. Alors, j’ai décidé de m'y mettre. Pour cela il fallait commencer par le début. Profitant d’une période un peu tranquille côté piano, je me suis plongée dedans à « cordes » perdues. Et voilà !
Mes débuts sont encore récents (un an et deux mois, c'est tout jeune !) mais je les trouve très encourageants. Comme les vrais violoncellistes, la corne me pousse au bout des doigts, je me promène avec mon instrument sur le dos et me soucie régulièrement de sa bonne santé en me rendant deux fois par an chez le médecin des violoncelles pour une petite révision et quelques petits ajustements.
Un instrument ne lui suffisait pas. Non ! Il lui en faut deux !!!
Si j’ai osé, c’est que j’ai senti qu’il y avait, ici, au Québec, de la place pour l'expérimentation, une certaine tolérance pour la polyvalence voire une incitation à l'éclectisme qu’il n’y a pas forcément en Europe... D’ailleurs, depuis que j’ai commencé le "bi-instrumentisme", je me rends compte qu’il y a autour de moi beaucoup de multi-instrumentistes. Ils ont en commun la gourmandise de la connaissance, la curiosité de l'inconnu, le désir du cheminement et l'humilité du recommencement...
Quoi qu'il en soit, le piano reste et restera mon premier instrument, celui que j’ai choisi avant tout, avant tous, que je maîtrise le mieux, avec lequel je m’exprime le mieux et qui me convient par-dessus tout parce qu'il est polyvalent, tantôt soliste, tantôt accompagnateur. En espérant qu'il me pardonne ces petites infidélités…
Ainsi, toute jeune avec mon nouvel instrument, je redécouvre le vrai plaisir d'apprendre avec le même émerveillement et la même impatience que lorsque j'avais six ans devant mon premier clavier.
C'est me redonner le goût pour le restant de ma vie du vrai et noble sens oublié du mot "amateur".




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