Lendemain de concert avec l'Orchestre symphonique Pop de Montréal.
Je suis entrée dans l'orchestre en janvier 2010. J'avais à peine 3 ans de violoncelle. Après un an, j'ai ressenti le besoin de faire une pause pour me consacrer pleinement à mon travail personnel et tenter d'accroître mon niveau de maîtrise de l'instrument. 6 mois plus tard, j'ai repris les répétitions avec un peu plus d'assurance et un plaisir sans cesse renouvelé.
Chaque vendredi, donc, depuis le mois de septembre, je covoiture avec ma voisine-de-deux-rues, Caroline, altiste, et Kim, violoniste ex-collègue de l'Académie des Petits archets, que nous prenons sur notre passage. Toutes les trois ensemble, nous rejoignons l'orchestre au Conservatoire de Musique de Montréal, dans une salle qui pourrait contenir 4 orchestres comme le nôtre ! Notre groupe initialement d'une quarantaine de musiciens s'est étoffé depuis le début de la session pour atteindre l'effectif très respectable de 62 instrumentistes, passionnés, chevronnés, enthousiastes et engagés. Le tout sous la direction d'un chef extraordinaire, tant musicalement qu'humainement, un chef qui a su depuis un an installer un climat de confiance dans une ambiance chaleureuse et détendue quoi qu'extrêmement studieuse, imposer son exigence avec douceur et tact, initier une qualité de contact entre lui et les musiciens, élever la qualité d'écoute au plus haut niveau pour un résultat tout à fait satisfaisant et enthousiasmant.
Je me suis longtemps sentie électron libre. De passage. Un peu là, un peu ailleurs. Mais peu à peu, je me laisse apprivoiser. Je me sens faire un peu plus partie du groupe comme je sens que l'orchestre fait un peu plus partie de ma vie.
Ces rendez-vous hebdomadaires en plus de ponctuer ma saison musicale sont l'occasion de multiples rencontres et histoires parallèles. Parmi ces rencontres certaines sont un peu plus marquantes que d'autres.
Il y a Caroline, reine du "cannage" qui, durant nos longues séquences de covoiturage m'a initiée à l'art de faire des conserves. En un aller, elle m'en a livré tous les secrets, comme un livre, m'énumérant tous les principes, techniques, dangers et vertus de la mise en bocal. En un aller, elle m'a convaincue. La semaine suivante, je me suis acheté un autoclave et j'ai commencé à faire mes conserves de sauce à spaghetti.
Il y a Lowry, aussi, jeune violoncelliste roumaine au Québec depuis 4 mois, avec qui je partage le pupitre depuis quelques semaines. Lowry est violoncelliste professionnelle (soliste de préférence) en recherche de travail. Dès sa première pratique, elle a été propulsée d'office au poste de 1er violoncelle, pour la joie et le bonheur de tous ! J'ai eu un vrai grand plaisir à jouer avec elle, à discuter des coups d'archets, sourire de nos erreurs. Une jolie complicité s'est installée au cours de ces quelques semaines de partage.
Lowry parle anglais et suit des cours intensifs de français organisés par les services d'immigration. Au début, dans nos échanges, je pratiquais mon anglais et elle son français. Mais elle est beaucoup plus hardie en français que je ne le suis en anglais. D'une semaine à l'autre, elle progresse de manière évidente, fulgurante. Elle m'avouait hier aimer particulièrement ma manière de parler le français : mon français "de France". Motivée et opiniâtre, elle me donne envie de me mettre à mon tour à l'apprentissage plus systématique d'une langue étrangère. Je songe à me remettre à l'anglais plus sérieusement, pour rattraper toutes les années d'apprentissage scolaire boudé, négligé, maltraité, oublié, et me permettre d'avoir une conversation acceptable avec les petits chanteurs anglophones que j'accompagne ces temps-ci.
Et puis, il y a Myrta, flûtiste qui s'est montrée avec moi dès le premier concert accueillante, ouverte et curieuse. Chaque répétition est l'occasion de quelques échanges amicaux, de manifester un peu de son attention, de sa présence. Lorsque je sombrais dans mon automne morbide l'an passé, elle m'a invitée à faire une cure de lumière sous les conseils de sa compagne qui en avait expérimenté les bienfaits. En une conversation, sur le bord d'un trottoir une fin de soirée humide et glaciale, elle m'a convaincue. Le lendemain, je m'achetais une lampe de luminothérapie. Grâce à Myrta, mes automnes ne seront plus jamais les mêmes !
Ainsi, ma vie avec l'orchestre dépasse mes attentes musicales. C'est une aventure humaine personnelle et collective à travers laquelle certains échanges influencent ma vie, mes choix. Je me laisse imprégner par ces êtres rencontrés, par les empreintes qu'ils laissent sur leur passage.
La saison s'est donc achevée avec le concert d'hier soir.
Déjà nostalgiques de ce concert passé, nous avons prolongé la soirée en petit comité chez Myrta qui recevait de manière impromptue quelques uns d'entre nous. Petit groupe sympathique et visite surprise de notre chef adoré qui a cédé à mon invitation secrète. Chouette moment d'échange. Bienheureux étions nous d'avoir eu ce petit moment pour redescendre de notre nuage, partager nos impressions et faire un peu plus connaissance.
Si je doutais encore ces dernières semaines de mon implication à long terme, je ressors de cette soirée avec la conviction de mon attachement profond à cet orchestre, pour les êtres qui le peuplent, pour la musique qui s'y vit, pour le potentiel infini de tout cela.
Hier soir, donc, bien avant qu'il ne soit temps de le faire, nous nous sommes souhaité "Bonnes fêtes" avec l'étrange sentiment d'un anachronisme mal assumé. Presque deux mois sans pratiques, ça va être long.
Je suis entrée dans l'orchestre en janvier 2010. J'avais à peine 3 ans de violoncelle. Après un an, j'ai ressenti le besoin de faire une pause pour me consacrer pleinement à mon travail personnel et tenter d'accroître mon niveau de maîtrise de l'instrument. 6 mois plus tard, j'ai repris les répétitions avec un peu plus d'assurance et un plaisir sans cesse renouvelé.
Chaque vendredi, donc, depuis le mois de septembre, je covoiture avec ma voisine-de-deux-rues, Caroline, altiste, et Kim, violoniste ex-collègue de l'Académie des Petits archets, que nous prenons sur notre passage. Toutes les trois ensemble, nous rejoignons l'orchestre au Conservatoire de Musique de Montréal, dans une salle qui pourrait contenir 4 orchestres comme le nôtre ! Notre groupe initialement d'une quarantaine de musiciens s'est étoffé depuis le début de la session pour atteindre l'effectif très respectable de 62 instrumentistes, passionnés, chevronnés, enthousiastes et engagés. Le tout sous la direction d'un chef extraordinaire, tant musicalement qu'humainement, un chef qui a su depuis un an installer un climat de confiance dans une ambiance chaleureuse et détendue quoi qu'extrêmement studieuse, imposer son exigence avec douceur et tact, initier une qualité de contact entre lui et les musiciens, élever la qualité d'écoute au plus haut niveau pour un résultat tout à fait satisfaisant et enthousiasmant.
Je me suis longtemps sentie électron libre. De passage. Un peu là, un peu ailleurs. Mais peu à peu, je me laisse apprivoiser. Je me sens faire un peu plus partie du groupe comme je sens que l'orchestre fait un peu plus partie de ma vie.
Ces rendez-vous hebdomadaires en plus de ponctuer ma saison musicale sont l'occasion de multiples rencontres et histoires parallèles. Parmi ces rencontres certaines sont un peu plus marquantes que d'autres.
Il y a Caroline, reine du "cannage" qui, durant nos longues séquences de covoiturage m'a initiée à l'art de faire des conserves. En un aller, elle m'en a livré tous les secrets, comme un livre, m'énumérant tous les principes, techniques, dangers et vertus de la mise en bocal. En un aller, elle m'a convaincue. La semaine suivante, je me suis acheté un autoclave et j'ai commencé à faire mes conserves de sauce à spaghetti.
Il y a Lowry, aussi, jeune violoncelliste roumaine au Québec depuis 4 mois, avec qui je partage le pupitre depuis quelques semaines. Lowry est violoncelliste professionnelle (soliste de préférence) en recherche de travail. Dès sa première pratique, elle a été propulsée d'office au poste de 1er violoncelle, pour la joie et le bonheur de tous ! J'ai eu un vrai grand plaisir à jouer avec elle, à discuter des coups d'archets, sourire de nos erreurs. Une jolie complicité s'est installée au cours de ces quelques semaines de partage.
Lowry parle anglais et suit des cours intensifs de français organisés par les services d'immigration. Au début, dans nos échanges, je pratiquais mon anglais et elle son français. Mais elle est beaucoup plus hardie en français que je ne le suis en anglais. D'une semaine à l'autre, elle progresse de manière évidente, fulgurante. Elle m'avouait hier aimer particulièrement ma manière de parler le français : mon français "de France". Motivée et opiniâtre, elle me donne envie de me mettre à mon tour à l'apprentissage plus systématique d'une langue étrangère. Je songe à me remettre à l'anglais plus sérieusement, pour rattraper toutes les années d'apprentissage scolaire boudé, négligé, maltraité, oublié, et me permettre d'avoir une conversation acceptable avec les petits chanteurs anglophones que j'accompagne ces temps-ci.
Et puis, il y a Myrta, flûtiste qui s'est montrée avec moi dès le premier concert accueillante, ouverte et curieuse. Chaque répétition est l'occasion de quelques échanges amicaux, de manifester un peu de son attention, de sa présence. Lorsque je sombrais dans mon automne morbide l'an passé, elle m'a invitée à faire une cure de lumière sous les conseils de sa compagne qui en avait expérimenté les bienfaits. En une conversation, sur le bord d'un trottoir une fin de soirée humide et glaciale, elle m'a convaincue. Le lendemain, je m'achetais une lampe de luminothérapie. Grâce à Myrta, mes automnes ne seront plus jamais les mêmes !
Ainsi, ma vie avec l'orchestre dépasse mes attentes musicales. C'est une aventure humaine personnelle et collective à travers laquelle certains échanges influencent ma vie, mes choix. Je me laisse imprégner par ces êtres rencontrés, par les empreintes qu'ils laissent sur leur passage.
La saison s'est donc achevée avec le concert d'hier soir.
Déjà nostalgiques de ce concert passé, nous avons prolongé la soirée en petit comité chez Myrta qui recevait de manière impromptue quelques uns d'entre nous. Petit groupe sympathique et visite surprise de notre chef adoré qui a cédé à mon invitation secrète. Chouette moment d'échange. Bienheureux étions nous d'avoir eu ce petit moment pour redescendre de notre nuage, partager nos impressions et faire un peu plus connaissance.
Si je doutais encore ces dernières semaines de mon implication à long terme, je ressors de cette soirée avec la conviction de mon attachement profond à cet orchestre, pour les êtres qui le peuplent, pour la musique qui s'y vit, pour le potentiel infini de tout cela.
Hier soir, donc, bien avant qu'il ne soit temps de le faire, nous nous sommes souhaité "Bonnes fêtes" avec l'étrange sentiment d'un anachronisme mal assumé. Presque deux mois sans pratiques, ça va être long.

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