Voilà presque un mois que les cours ont repris. J'ai retrouvé la plupart de mes élèves parmi les plus motivés. Certains ont profité de l'été pour gagner quelques centimètres et un peu plus d'assurance. Je suis émerveillée par les petites surprises que me réservent certains qui font preuve soudain d'un supplément de maturité. L'absence de cours durant la période estivale semble avoir aiguisé leur désir. Leurs goûts s'affirment et leur enthousiasme grandit. Nos échanges quotidiens sont un plaisir sans cesse renouvelé. J'ai retrouvé la plupart de mes élèves. Sauf une. Une ado qui, après 5 années d'apprentissage, hésitait à reprendre cette année. Lorsque les copines sont toutes occupées entre elles, que la musique ne fait pas partie de leurs vies, s'isoler quotidiennement devant son piano pour pratiquer une heure durant devient un geste héroïque, un geste de résistance !
Elle avait envie mais pas assez, elle aurait bien voulu mais pas tout à fait. Bref, elle ne savait plus trop. Devant sa difficulté à exprimer ses émotions, sa maman a tranché. Pour le meilleur ou pour le pire ? Ce n'est pas facile, en tant qu'adulte, de savoir quelle est la meilleure attitude à adopter face à l'indécision de son enfant ? Les parents décident bien ce qu'ils veulent pour leurs enfants. En tant qu'enseignante, il m'arrive de les conseiller sur une option à prendre parmi d'autres, dans le choix d'une école, le choix d'un instrument, une méthode de travail... mais quand l'enfant manifeste depuis des mois une baisse de motivation, que sa progression marque un net ralentissement, et que malgré mes efforts à lui proposer un répertoire adapté à ses goûts et à réduire sa charge de travail pour l'aider à concilier école/piano il rechigne à se remettre au piano, comme les parents, je me sens démunie. Devant le silence de mon élève, ne sachant plus quoi faire pour motiver son désir, plutôt que le dialogue, j'ai choisi le silence. Elle a besoin d'une pause, sûrement. Respecter ce besoin avec la conscience que les pauses durent souvent plus longtemps qu'on ne les avait imaginées en les prenant.
Adolescente, il m'est arrivé de sécher sans explication un cours de piano ou deux (ou plus, je ne me souviens pas) les mercredis soirs. Si mes parents l'avaient su, j'aurais eu à expliquer l'inexplicable. Je n'avais pas d'explication claire pour justifier mon absence sinon le désagréable sentiment de ne pas avoir de plaisir à y aller... parce que ma relation avec la prof n'était pas stimulante, parce que la distance à parcourir à pied pour me rendre au conservatoire à pied à la tombée de la nuit. Parce que la prof, parce que ma paresse...
C'était un passage. Une hésitation. Une passagère démotivation. Passage obligé peut-être avant de choisir de manière plus déterminée la voie qui allait être la mienne. Si mes parents avaient su, peut-être y aurait-il eu crise là où il ne méritait pas qu'il y en ait une... Peut-être y aurait-il eu une pause là où il ne méritait pas qu'il y en ait une...
Les motivations musicales des adolescents me questionnent beaucoup en ce moment. J'ai fait, la semaine passée, ma rentrée à l'école secondaire où j'accueille, en plus de 4 anciens élèves, 4 nouveaux en 1ère année de secondaire (12 ans). Tous ont choisi le piano comme 2e instrument en plus de la trompette, de la flûte ou de la percussion. En observant les nouveaux, je suis frappée de constater combien, à un âge commun, les profils sont terriblement différents.
Il y a Ph., grand gaillard voûté au sourire économe, qui semble avoir grandi trop vite; un autodidacte énergique, qui sans savoir lire une note de piano a appris en observant sa mère le début de la Sonate au Claire de lune, très très fort ! Parce que Ph. aime jouer très fort. Il me montre avec fierté le début de Pirates des Caraïbes (Hit de sa génération) qu'il a appris tout seul avec l'aide d'un logiciel informatique. Ph. n'aime que les arrangements très difficiles et semble avoir un plaisir viril à les jouer aussi vite et aussi fort que possible avec un sens du rythme tout à fait aléatoire. Un cheval fou difficile à maîtriser.
Et puis, il y a S., une jeune étudiante déjà bien disciplinée par 1 année de cours privés en piano et 3 années en flûte traversière. Elle semble tout à fait sérieuse, motivée, docile et organisée. Un modèle d'élève, studieuse et reposante.
Il y a aussi T., jeune garçon fin et éveillé, curieux et dégourdi. T. a déjà accumulé des tas de connaissances théoriques sur les tonalités, gammes, accords... et voudrait s'essayer à l'improvisation jazz. À ce stade de son évolution, T. commence à ressentir le besoin de savoir lire et de mieux se servir de ses 10 doigts. L'improvisation jazz n'est pas ma spécialité, mais pour le reste, ça devrait aller.
Et enfin, il y a J., petite jeune fille toute frêle et timide qui semble tombée du nid. J. ne sait rien de la musique ni du piano. Vierge de tout repaire, J. découvre un monde qui lui est tout à fait étranger avec une candeur touchante.
Autant d'élèves, autant de profils et de motivations différents qui exigent attention et adaptation. Les premiers cours sont le terrain d'une nouvelle relation que j'espère durable et de confiance. Chaque rencontre est une nouvelle aventure. Prendre l'élève là où il est pour le mener un peu plus loin sur ses chemins de musique, apprendre à le connaître et lui permettre peut-être aussi de mieux se connaître à travers son nouvel apprentissage.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire