lundi 20 juin 2011

Posted by Marie Posted on 20:53:00 | No comments

Réveil flamboyant

Dimanche matin, 6 heures : on sonne et tambourine à notre porte. Dans un demi-sommeil, je grogne, je me lève, jette un coup d'oeil à la fenêtre, ne vois rien ni personne et me recouche, finalement. Quelques secondes plus tard, quelques bruits étouffés de pétards retentissent. C'était la fête chez deux de nos voisins la veille. Ils exagèrent de faire tant de bruit, à cette heure-ci ! Éric plus inquiet que moi se lève à son tour, jette un coup d'oeil par la fenêtre et crie : "Hey ! La maison de Stéphane brûle !".
Affolée, je sors en trombe rejoindre mes voisins qui, en pyjama et pieds-nus dans la rue, ont échappé de justesse par la fenêtre de leur bureau à l'enfer de la fumée noire et opaque qui les a réveillés.
En peu de temps, toute la rue est là à observer le spectacle désastreux d'un feu discret mes ravageur, tous impuissants à faire quoi que ce soit pour soulager nos voisins paniqués, condamnés à attendre le secours des pompiers... en espérant qu'ils fassent vite.
Ainsi commençait ce beau dimanche ensoleillé.


Les pompiers sont restés longtemps présents, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun doute sur la présence de foyers de combustion. Tout le reste de la journée nous avons assisté à une succession de visites bien orchestrées : policiers, pompiers, photographes de tous genres, autobus d'aide aux sinistrés rouge-pompier-de-France, service incendie de la ville qui a permis aux propriétaires de récupérer quelques biens inondés (papiers, ordinateurs...), entreprise de barricadage venue faire un peu de ménage sur et autour de la maison et sécuriser les ouvertures pour éviter toute intrusion, et même une entreprise de nettoyage après sinistres qui, flairant la bonne affaire et le contrat potentiel, est venu déposer sa carte d'affaire... Le malheur des uns fait le bonheur des autres ! Il y a un marché du sinistre...
La maison est déclarée "perte totale" mais nos voisins sont sains et saufs !  
Acte criminel ou accident ? On ne sait encore quelle en est la cause.

Pleine de compassion et d'empathie pour mes chers voisins, couple à peine plus âgé que nous, j'aurais voulu pouvoir les aider, les soulager, les consoler. À part prêter une robe de chambre à mon voisin en bedaine et leur donner en guise de remontant un peu de mon gâteau-aux-fruits-secs-fait-maison-tout-frais-de-la-veille, je ne me suis pas sentie très utile. J'aurais voulu faire bien plus; d'autres s'en sont chargé à ma place. Ils sont bien entourés par leur famille. Je me suis contentée de leur dire ma présence, en cas de besoin. Quand on n'a plus rien, de quoi a-t-on le plus besoin ? Quand on a tout perdu, par quoi faut-il commencer ?

Il leur faudra bien du temps et du courage pour se reconstruire un lieu de vie. Ils ont beau avoir une bonne assurance, c'est le début de longues démarches, souvent pénibles et usantes. Elle avait fait elle-même toute la rénovation du rez-de-chaussée avec un souci maniaque des détails et  un soin méticuleux et perfectionniste à faire pâlir n'importe quel professionnel du bâtiment. Ils étaient en train de refaire tout le sous-sol... Tous ces efforts et ce temps passé partis en fumée ! Tout est à recommencer. Comment ne pas être découragé ?

Depuis, cet évènement m'obsède. Je ne cesse d'y penser. Je me sens ébranlée et je ne crois pas me tromper en pensant qu'Éric aussi. Je pense bien sûr à mes voisins, à l'épreuve qu'ils vivent, au deuil qu'ils devront faire de toutes les traces matérielles de leur passé; cela me rend triste. Cela pourrait arriver à n'importe qui; cela me rend inquiète.
Bienheureux sommes-nous d'y avoir échappé, cette fois encore ! La maison est restée debout, malgré tout. Calcinée de l'intérieur. De longues traînées noires au-dessus des fenêtres en sont la trace. Elle est toujours là, mais vide, barricadée, condamnée. Ça aussi, c'est triste : une maison vide, désertée en catastrophe, inhabitable. Une maison morte. Sinistre tableau. Triste réalité qui nous saute en pleine face chaque fois que nous regardons par la fenêtre, chaque fois que nous franchissons le pas de la porte. 

Il me tarde que la maison soit reconstruite, qu'elle revive ! Il me tarde de revoir mes voisins tondre leur gazon, bricoler dans le garage, relever le courrier, agiter la main de loin en guise de salut... Il me tarde que la vie reprenne son cours normal et sa part d'insouciance.
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