Petit retour sur le concert des Jeunes voix du coeur...
Je suis très heureuse de la progression incroyable du choeur depuis sa création en octobre 2008. Les enfants apprennent à maîtriser la couleur et la justesse de leur voix, à chanter en polyphonie des harmonies pas toujours évidentes, à suivre les indications du chef, à se tenir devant un public... L'expérience des concerts leur donne un peu plus d'assurance chaque fois, des fondations solides sur lesquelles nous pouvons bâtir de nouveaux projets pour les sessions futures. Ainsi, chaque session est l'occasion de nouveaux défis, pour les enfants mais aussi pour les adultes qui les encadrent.
Cette fois-ci, les enfants ont fait la plus grande partie du concert sans partitions ni paroles écrites. Cela fait tout une différence pour eux mais surtout pour le public qui voit leur visage expressif et leur regard allumé. Ils ont envie de bouger; ça va mieux avec les mains libres !
Notre travail en tant qu'adultes n'est pas tant de motiver les troupes que de contenir toute cette énergie, débordante parfois, de la canaliser pour qu'elle profite à l'ensemble. Il y a parmi les enfants de jeunes talents de comédiens qui ne demandent qu'à s'exprimer en musique. Je rêve qu'un jour prochain théâtre et musique se rejoignent pour que le spectacle soit complet.
J'aime chaque fois retrouver dans ces concerts un public enthousiaste, fidèle, de parents mais aussi de mélomanes avertis ou de choristes du grand choeur d'adultes qui suivent mon évolution de pianiste à travers les différents évènements de l'année, m'ayant vue passer récemment du Messie de Haendel (avec le choeur de maîtrise) à Thelonius Monk (avec les Jeunes voix du coeur) pour finir avec... les Aristochats ! Ma réputation de pianiste tout-terrain n'est plus à faire. On s'amuse de mes audaces stylistiques et on s'émerveille de la "qualité" de mes accompagnements. Un peu de reconnaissance ne nuit pas...
Portée par ce contexte favorable, chaque concert est pour moi une nouvelle occasion de me lancer de petits défis personnels. Cette fois-ci, une petite envie de lâcher-prise...
J'écris de moins en moins les accompagnements que je crée pour ces mélodies enfantines. Il m'arrive souvent d'improviser en répétition. J'essaye des trucs, me risque tantôt à un enchaînement harmonique moins conventionnel, m'élance dans un motif mélodique hasardeux, sans savoir toujours très bien à l'avance quelle en sera l'issue... Il sort de ces expérimentations de belles surprises parfois que j'essaye de conserver précieusement dans ma banque d'idées à exploiter. Ainsi, je puiserai dans ce petit réservoir de combinaisons de notes et rythmes le moment venu pour créer un accompagnement plus "définitif".
Parfois, par incapacité à choisir une idée plutôt qu'une autre, ne me décidant pas à figer mon choix sur le papier, je continue d'improviser en puisant dans toutes ces idées à la fois.
Si l'improvisation devient une habitude en répétition, elle a toujours été pour moi plus difficile en public. Improviser demande une toute autre attitude vis-à-vis de ce que l'on joue, une toute autre écoute que lorsque le texte est écrit, figé sur le papier. Improviser suppose d'être à la fois "en dedans" et "au-dehors". En dedans pour rester à l'écoute de soi, laisser affleurer la petite musique dans sa tête pour qu'elle se transmette aux doigts sur le clavier, rester bien centré et faire abstraction de toutes les fausses croyances qui nous taraudent et perturbent notre attention; au-dehors pour rester disponible, réagir dans l'instant présent à ce que nous entendons, laisser venir les sons à notre oreille, accueillir les notes que l'on avait prévues comme celles que l'on n'avait pas prévues et broder autour pour que chacune d'elles trouve sa place dans un discours cohérent.
En mode "improvisation", il n'y a plus de "fausses" notes, juste des notes étrangères invitées à la table des notes de l'harmonie. Alors, tout est permis.
En mode "improvisation", il n'y a plus de "fausses" notes, juste des notes étrangères invitées à la table des notes de l'harmonie. Alors, tout est permis.
Bien sûr, il y a une part de risque à jouer ainsi sans prémonition. Cela fait partie du plaisir d'improviser : vivre et créer l'instant présent. C'est aussi profiter d'une certaine liberté qui s'offre à nous de varier notre jeu à l'infini, sans qu'aucune idée soit jamais définitive.
Cette fois-ci, c'est dans la chanson de l'alouette (Au chant de l'alouette) que je me suis lancé ce petit défi de l'improvisation en public. Ma partition se résume alors concrètement à quelques mesures vides avec, perchées au-dessus, quelques lettres en guise d'accords pour la trame harmonique et, disséminées au hasard des mesures vides de l'introduction, quelques pattes de mouches au crayon qui ensemble forment quelques bribes de motifs mélodiques à utiliser comme idées de secours en cas d'urgence, si l'inspiration venait à manquer...
Je ne suis pas encore une experte en la matière, mais je suis tout de même assez contente du résultat. C'est un début. L'improvisation apporte une touche différente, un peu plus spontanée et surtout imprévisible à ces accompagnements, ce qui fait de chaque concert un moment unique. Et j'aime ça... finalement !


0 commentaires:
Enregistrer un commentaire