Chaque année, parmi les "contrats-éclairs" figure celui d’accompagner quelques élèves au Concours de musique organisé par le Chœur de la montagne début avril. Cette année, j’accompagnais deux bons élèves flûtistes et une chanteuse qui venait de terminer sa Maîtrise en chant classique à l’université McGill et a été lauréate du concours plusieurs fois ces dernières années. Je l’avais déjà accompagnée il y a 4 ans de cela. Cette fois-ci, son accompagnatrice de l’université étant dans le jury, je la remplaçais le temps de deux airs d'opéra (Mozart et Donizzetti) et une mélodie de Debussy des moins connues.
Un régal que d'encourager ces bons musiciens en devenir !... mais un défi toujours de jouer pour ces concours... J’ai souvent un peu l’impression que c’est moi que l’on va juger, que je pourrais être meilleure que je ne le suis. Cela me rend parfois un peu trop critique par rapport à moi-même et un peu plus nerveuse que pour les concerts. Accompagner des étudiants en cours d'apprentissage n'est jamais sans surprises, on le sait... Mais, forte d'une saison très positive et riche en belles expériences, je pense avoir cette fois-ci surfé sur la vague de l'hiver et me suis rendue au concours avec l’assurance et la confiance des bons jours.
Plusieurs de mes petits élèves pianistes qui s'y présentaient ont été récompensés. William, 11 ans, a eu le bonheur de remporter le 2e prix (catégorie 10-13 ans), accompagné d'une bourse de 200 $.
Jean-Baptiste, un de mes anciens élèves qui continue son apprentissage du piano au CEGEP (lycée), avec qui j'entretiens toujours de longues conversations par courriels et dont je suis l'évolution de près, a remporté le 1er prix (catégorie 14-17 ans), accompagné d'une bourse de 350 $.
Et puis, il y a Lylianne, 9 ans, qui a vécu sa première expérience avec une confiance et une détermination exemplaires, et qui, forte des commentaires fort encourageants des juges, est bien déterminée à se représenter l'année prochaine.
Pendant ce temps, à l'école secondaire, le marathon annuel des accompagnements d'une centaine d'élèves solistes instrumentistes à vent pour leur évaluations, concerts et concours, battait son plein. La planification des répétitions et évaluations est chaque année un vrai casse-tête. Sans parler de la gestion des partitions... Mais c’est la première année depuis 4 ans que je ne finis pas ce contrat sur les rotules avec l’impression de frôler le surmenage. Tout s’est passé assez fluidement. L'habitude, sans doute... Je déplore cependant l’incompétence et le laxisme des profs principaux qui jugent les examens des élèves que j’accompagne. Mais j’ai cessé de me mettre en colère pour cela. Je lâche prise.
Récemment, deux de mes collègues profs d'instrument ont décidé d’initier une réflexion collective visant à améliorer le programme spécialisé de musique, à encourager les élèves motivés et travailleurs, intéressés et investis, et à écarter les éléments perturbateurs, fumistes, non motivés. Ils ont dressé ensemble une liste de mesures facilement applicables qui pourraient marquer les prémices d’une nouvelle ère dans le programme de musique de cette école. Cela m'a redonné espoir qu’une nouvelle dynamique positive et stimulante s’empare de l’équipe disposée à remonter le niveau d’exigence du programme arts-études-musique.
Mais mon espoir s'est vite éteint lorsque nous nous sommes confrontés au discours démagogique de l'administration qui voit dans le programme de musique davantage un moyen agréable (récréatif) de traverser le secondaire sans obligation de progression de l'élève qu'un outil d'apprentissage de la rigueur. J'ai du mal...
Au fond, tout cela me convainc un peu plus de l'intérêt d'exercer mon métier de pédagogue de manière autonome, selon mes propres convictions, mes propres exigences. J'en vois les résultats année après année à travers la progression de mes élèves, leur motivation croissante et le ravissement de leurs parents. Leur épanouissement à travers le piano - et la musique plus généralement - est au fond ma plus grande récompense.