J'étais, une bonne partie du week-end, occupée à meubler le silence très relatif de l'exposition trisannuelle d'une école de peinture.
J'avais pour l'occasion collecté tout ce que j'avais en bibliothèque de musiques suaves et sucrées à l'oreille, de Chopin à Satie, de Debussy à Sharing, de Cosma à Rocherolle... J'ai passé quelques belles heures à me remettre tout cela en doigts durant les deux dernières semaines.
Au milieu des toiles des élèves dont le rassemblement ressemblait davantage une exposition académique où se côtoyaient des copies de grands peintres qu'à une galerie de création contemporaine, j'ai donc assuré la bande son.

L'exercice est amusant, assez plaisant pour qui ne souhaite pas que toute l'attention soit focalisée sur le piano, mais toutefois un peu frustrant pour la musicienne qui voudrait pouvoir jouer du silence qu'offre la musique dans ses respirations lorsqu'elle appelle recueillement et introspection alors que, tout autour, règne un brouhaha de paroles, d'exclamations, de rires adultes et de cris sporadiques.
Mais j'ai apporté ma pierre à l'évènement en partageant mes compétences de musicienne avec la conviction que la peinture a tout intérêt à fricoter avec la musique dans une cohabitation possible qui pourrait être inspirante pour de futurs projets.

J'ai recueilli quelques signes de reconnaissance, mais, pour être honnête, je n'en attendais pas spécialement. Le défi artistique n'était pas très élevé pour la pianiste... J'avais juste à jouer de la "musique d'ameublement" comme l'appelait Satie, de la musique qui sait se faire oublier mais dont on remarque l'absence.
Mon plus grand bonheur fut au fond de partager cette expérience avec trois de mes petits élèves, William (8 ans), Amy (10 ans) et Marie-Eve (13 ans), frères et soeurs dans la vie, dont la grand-mère et la tante exposaient leurs oeuvres parmi les toiles de leurs propres élèves. Tous les trois ont donné à plusieurs reprises durant le week-end, un petit concert d'une dizaine de pièces en solo suivies d'un trio (six mains sur un piano), calé entre mes interventions.
Tous les trois très fiers de pouvoir partager avec le public le résultat de leurs efforts et de la préparation intensive que l'évènement a suscitée dans la famille depuis deux semaines. Ils ont recueilli un succès fou et des tas de témoignages d'admiration reconnaissant leurs talents respectifs. C'était plein de bonheur. Bonheur qu'ils ont largement partagé avec moi à travers leur regard encore plus lumineux, leur sourire encore plus généreux que d'habitude et leurs câlins tendres et affectueux dans lesquels se glissait chaque fois un "merci" à me faire fondre.
Bien entourée par cette petite famille, j'étais bien heureuse de partager cette expérience avec les trois enfants, de vivre des échanges toujours plus vivants avec leurs deux parents présents et de mieux connaître leur grand-mère discrète et leur tante démonstrative. Tout cela m'a remplie de bonheur.

















