Petite journée tranquille. La dernière avant Noël, sans doute. En début d'après-midi, j'étais décidée à rejoindre la montagne pour une grande marche à l'air frais. La dernière avant Noël, sans doute. J'ai donc pris ma petite voiture. Après deux coins de rue, sur le chemin de la montagne, dans un troisième virage, ma voiture m'a lâchée. La direction brisée, la roue en travers de son chemin, j'ai juste réussi à la sortir un peu de la route pour ne pas trop gêner la circulation. Heureusement armée de mon cellulaire,
j'ai aussitôt appelé au secours mon sauveur de toujours, je veux nommer Éric, mon compagnon de route. On se sent moins seul quand on est deux !
Durant les minutes qui ont suivi, j'ai marché de long en large sur la piste cyclable, dans le froid d'un hiver naissant, en espérant ardemment l'arrivée de la dépanneuse.
Un premier conducteur s'arrête. Me propose son aide. Un autre suit. Puis un autre... chacun allant de son petit commentaire réconfortant, de son anecdote personnelle :
- "Au moins, il n'y a pas de blessé !" me dit l'un.
- "Je connais ça. Ça m'est déjà arrivé, me dit l'autre. Deux fois en l'espace d'un mois !... J'ai changé de char."
Un peu plus tard, un riverain vient me proposer ses services et l'hospitalité de sa maison située de l'autre côté de la rue. J'étais émerveillée devant tant de serviabilité, d'attention et de bienveillance à mon égard de la part de tous ces inconnus. Parfois, on se croit seul, mais on ne l'est pas.
Mais soudain, alors que j'étais trop occupée à observer la circulation intense de ce dimanche, j'aperçois un véhicule stationné juste là, derrière ma petite auto, surgi de nulle part. Un jeune conducteur en sort, inspecte la patte cassée de mon char, s'essaye à un diagnostic, me propose la chaleur réconfortante de son auto, enfile un gilet jaune fluo, une casquette à l'effigie de la ville, allume les lumières clignotantes de son véhicule étonnamment équipé et, en bon scout, commence à organiser la circulation autour de mon auto. Comme ça. Juste comme ça. Juste pour le plaisir de rendre service, parce que, propriétaire d'un magasin de vélos, habilité à sécuriser les courses cyclistes, il a le droit de le faire.
Au milieu de ce ballet de voitures orchestré par mon Saint-Bernard, la dépanneuse est arrivée, a remorqué ma petite auto.
La circulation redevenue fluide, ma petite auto chez le réparateur, chacun s'en est retourné chez lui. À son tour, mon sauveur de toujours est apparu dans son gros char et m'a emportée dans son beau Superban. Ensemble, direction le garage !
Heureuse providence qui a mis tous ces gens-là sur mon chemin en cette journée tranquille, avec pour seul but d'offrir de l'aide à plus mal pris que soi. Je me souviendrai de ces gestes. Je me souviendrai de ces gens.
Ma voiture est malade mais moi je vais bien.